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Ces personnes rendues doublement vulnérables par la COVID-19 (Feature)


  9 Septembre      23        Santé (7764),

   

Abidjan, 09 sept 2020 (AIP) – La maladie à coronavirus (Covid-19) qui s’est déclarée dans le monde entier et en particulier en Côte d’Ivoire a eu un impact significatif sur les personnes vulnérables notamment les personnes en situation de handicap, les enfants dans la rue dont certains attendent toujours de l’aide.

Dans le cadre de la lutte contre le Covid-19, la Côte d’Ivoire a mis en place un Fonds de solidarité de 20 milliards de FCFA devant permettre notamment la distribution de vivres et de non-vivres, en soutien aux populations vulnérables.

Ces actions pour soutenir les personnes défavorisées sont diversement appréciées par celles-ci dont certaines grognent en affirmant n’avoir pas reçu d’appui, ou que l’aide du gouvernement est venue tardivement, d’autres estimant que cette aide reste insuffisante.

Des cas de plaintes de personnes en situation de handicap

La présidente de l’Union nationale des femmes handicapées de Côte d’Ivoire, secrétaire de la Fédération des associations pour la promotion sociale des handicapés de Côte d’Ivoire (FAHCI), Coordonnatrice nationale Covid Handicap Côte d’Ivoire, Anne Cécile Konan, n’est pas allée du dos de la cuillère pour décrier le manque de soutien aux personnes handicapées en cette période de crise sanitaire.

« On a été beaucoup impacté par le Covid-19 parce que quand le Covid est arrivé, le gouvernement a demandé que les personnes vulnérables restent chez elles à la maison. Et les handicapés sont restés chez eux. Pour la plupart des handicapés, ce sont des indigents », a précisé Anne Céline Konan.

Elle a déploré le fait que, bien que le gouvernement au début de la pandémie ait mis en place un comité ou une organisation pour assister les personnes vulnérables et que l’ONU ait organisé une session spéciale invitant les gouvernants à assister les personnes handicapées à cause de leur handicap, les personnes en situation de handicap n’ont pas bénéficié de l’opération de transferts monétaires de 25.000 FCFA.

Selon Anne Cécile Konan, 4.000 personnes handicapées vulnérables ont été recensées par le comité et la liste transmise au ministère de la Solidarité et au ministère des Affaires sociales. « C’est le vendredi 21 août 2020 que le comité Handicap-Covid a reçu cinq sacs de riz de 25 kilos, 30 kits alimentaires, dix planches à laver, cinq seaux, quatre cartons de sardines, 10 cartons d’huile, un carton de poisson », a-t-elle énuméré.

« Je n’ai pas dit que tous les handicapés de Côte d’Ivoire n’ont rien reçu. Mais ceux qui sont sur la liste officielle du comité Covid-Handicap n’ont en général rien reçu. En revanche, certains handicapés qui ne sont pas sur la liste ont reçu quelque », a-t-elle clarifié.

Pour cette organisation, certains de leurs camarades handicapés sont dans des situations très critiques. « Jusqu’ à présent, je peux vous affirmer que nous n’avons pas encore reçu quelque chose », a soutenu Kassi Pierre Aboigny, handicapé moteur en fauteuil roulant et membre de la FAHCI.

Des familles de personnes handicapées, des enfants en situation de handicap, grandes victimes des restrictions liées à la COVID

Au quartier Gonzagueville, un sous quartier dans la commune de Port-Bouët à Abidjan, plusieurs familles inscrites sur la liste Covid-Handicap, sont toujours dans l’attente.

Dame Kouakou Affoué Christelle, abandonnée par son mari à cause du handicap de son fils, est lavandière et fait l’entretien à domicile. Elle s’occupe de jumeaux, d’un troisième enfant et de sa mère qui est sourde. Mais avec les mesures de confinement son activité de lavandière et d’entretien à domicile est devenue difficile à exercer faute de clients. Son fils, l’un des jumeaux, âgé de neuf ans, handicapé moteur, porte des atèles métalliques aux deux pieds. Il a également des difficultés de locution.

« Sincèrement dit, on a besoin d’aide. Si on peut avoir des gens de bonne foi pour nous soutenir, on va dire Dieu merci. (…) Dans Covid vraiment, c’était chaud ! On ne connaît pas quelqu’un pour nous aider. Il y a des jours où on ne mange que du « baca » (bouillie de riz avec du sucre). Il y a des jours on mange une fois par jour. Et, jusqu’à présent, on n’a rien reçu. Et puis dans coronavirus, on ne peut pas rentrer de cour en cour pour laver les habits », s’est plaint dame Kouakou Affoué.

Une autre famille d’enfant handicapé faisant partie également de la liste Covid-Handicap attend toujours cette manne de l’Etat.

Dame Adingra Virginie, mère d’un enfant paralysé des membres et muette, a affirmé que pendant la période de confinement liée à la Covid, sa famille n’a pas pu bénéficier de vivres et de non-vivres. « On n’a rien reçu, on n’a pas eu d’aide de quelqu’un. Pendant la Covid-19, ça n’a pas été facile pour nous », a-t-elle renchéri.

Vendeuse de savon et de couche de bébés au marché d’Abobo, Mariam Diawara, avec une jambe estropiée, évoque les difficultés qu’elle avait pendant la période notamment avec la police municipale qui les empêchait de vendre.

« L’Etat n’a pas donné cinq francs, mais l’Etat nous prend, les policiers nous prennent et il nous mettent en prison. Pourquoi on nous demande l’argent quand on vend. Les policiers, ils n’ont qu’à donner l’argent on va manger et nous on va s’asseoir à la maison », vocifère-t-elle.

Une situation difficile qui n’épargne pas les non-voyants

Un artiste non-voyant, Chantre Christ Nazaire, à l’état civil, Yao Nazaire, auteur de deux albums sur le marché, n’arrivait plus à faire des tournées dans les Eglises pour la promotion de son album puisque les Eglises étaient fermées lors du confinement dû au Covid-19.

Propriétaire d’un pressing dans la commune d’Abobo, il fait observer que les clients ne viennent plus pour faire laver et repasser leurs habits depuis l’avènement du Covid-19.

« Tous mes clients sont partis, vraiment madame j’ai des difficultés. Bon, l’argent que l’Etat a donné aussi, jusqu’à présent je n’ai pas reçu un franc, alors que j’ai six enfants et cette année, l’un d’eux passe le Bac et trois autres le BEPC. Comment je vais faire ? », s’interroge-t-il.

Artisan et fabricant de sacs à main, de lits picots, de meubles, de salle à manger, tissés en fils de nylon, le non-voyant Kouadio Georges, a vu une baisse drastique de ses ventes qui sont passées de 30 sacs à cinq par jour. « Je n’arrive plus à sortir les sacs pour les exposer, c’est compliqué », s’inquiète cet artisan non-voyant.

Du fait du Covid-19, il est difficile pour Kouadio Georges de faire les bureaux où il proposait ces produits notamment dans les tours administratives. « Les gens avaient peur de prendre mes produits », affirme-t-il, totalement débité. Les jeunes gens qui l’accompagnaient pour l’achat des accessoires pour la fabrication ces articles refusaient de l’accompagner à cause de la pandémie, poursuit-il.

Le Covid-19 n’a pas exempté les enfants de la rue

Un enfant vivant dans les rues du Plateau, Prégnon Judicaël, explique qu’habituellement avant le Covid-19, il dormait à la belle étoile. « Nous on se débrouille au Plateau, on gare les véhicules et les gens nous donnent des jetons (argent). Les gens nous reprochaient de ne pas porter les cache-nez et ils ne voulaient pas qu’on s’approche de leur véhicule », déplore-t-il.

Cependant, il souligne que pendant la crise sanitaire, la mairie du Plateau a demandé de faire une liste des enfants de la rue pour leur remettre des vivres.

« Une liste a été faite pour nous soutenir, mais beaucoup d’enfants de la rue n’ont rien eu », soutient-il et de préciser que ce sont les conducteurs des véhicules qu’ils surveillent qui leur remettaient parfois des cache-nez.

La rappeuse ivoirienne, ambassadrice nationale de l’Unicef pour les enfants en Côte d’Ivoire, Nash, de son vrai nom Natacha Flora Sonhoué, a révélé à l’occasion d’une interview avec l’AIP que pendant la Covid-19, les enfants étaient beaucoup exposés, ils dormaient dans la rue et les policiers venaient les rafler avec le couvre-feu instauré par le gouvernement.

« Vraiment, c’était difficile pour les enfants. Et on a essayé de réagir, prendre nos responsabilités en essayant de les aider. Le ministère de la Femme, de la Famille et de l’Enfant a dépêché une équipe pour sillonner la rue pour recueillir ces enfants. Des ONG et l’Unicef ont contribué aussi à rechercher ces enfants et à les recueillir », a-t-elle témoigné.

Difficile respect des mesures barrières pour des personnes ayant besoin de l’aide des autres

Un non-voyant, Kouadio Kobenan Emmanuel, de la mission pour Christ, père de deux filles, a indiqué qu’il est difficile de respecter les mesures barrières parce qu’il se déplace grâce à l’aide des autres.

« La personne qui vient vers toi pour t’aider à marcher ou à traverser la route, tu ne sais pas s’il est contaminé ou pas. Donc pour respecter les mesures barrières-là, nous les non-voyants, on n’est pas dedans. Mais si, c’est pour laver la main on peut laver notre main à tout moment, on a des gels que nous-mêmes on a acheté et qu’on applique dans nos mains », explique M. Kouadio.

Selon un handicapé moteur, Kassi Pierre, agent au ministère de l’Education nationale, les personnes volontaires leur apportant leur aide ne respectent toujours pas les mesures barrières. « Les personnes qui viennent pour nous pousser ne disposent pas souvent de gel ou de cache-nez », a-t-il décrié, notant que des capsules ont été élaborées pour sensibiliser ces volontaires.

Le coordonnateur adjoint du Comité Covid-Handicap Côte d’Ivoire, Kouassi Kouadio Alfred, ajoute pour sa part qu’il est difficile pour eux de respecter la distanciation physique. Il a cité le cas des handicapés intellectuels qui ont besoin constamment d’assistance de personnes extérieures pour faire leurs besoins primaires.

« Quand je demandais aux gens de m’aider à traverser, ils étaient un peu réticents. Certains refusant de me toucher, me disaient de passer à droite ou de passer à gauche », relate Kouadio Georges, un non-voyant, précisant que parfois, certains le tenaient par le bout de sa chemise pour le guider.

Dès l’apparition des premiers cas, un plan de réponse sectoriel mis en œuvre par le ministère de la Femme, de la Famille et de l’Enfant.

Selon le directeur de la Protection de l’enfant au ministère de la Femme, de la Famille et de l’Enfant, Lath Mel Alain Didier, avant l’apparition du premier cas en Côte d’Ivoire, le 11 mars 2020, un plan de réponse sectoriel de la pandémie a été élaboré par le ministère à l’initiative de la ministre Mariatou Koné.

« Le gouvernement a pris des mesures fermes notamment, le couvre-feu et la fermeture des restaurants et maquis. Or les enfants dans la rue ont pour lieu de vie la rue et ils se nourrissent dans les maquis. Ces enfants ont donc été sommés de quitter les rues », observe Lath Mel Alain Didier.

Comme solution, 44 équipes de rue dotées véhicules pour faire recueillir les enfants de la rue ont recueilli un total de 604 enfants qui ont été insérés dans des centres d’hébergement à Abidjan précisément au complexe d’Abobo et dans des espaces qui ont été cédés par des volontaires, entre autres, des ONG et des artistes qui ont décidé de contribuer à la sécurisation des enfants dans la rue.

En ce qui concerne les personnes handicapées, le directeur de la Protection de l’Enfant a confié qu’une sollicitation a été faite auprès des associations précisément l’Association des parents des enfants handicapés de Yopougon qui a fourni une liste.

« Quand ils nous ont produit la liste, nous avons crédité les comptes mobile, MTN money ou MOOV money de ces mamans avec le fonds Covid à hauteur de 25.000 FCFA. Et nous, au ministère de la Femme, on a trouvé que ce n’était pas suffisant et nous avons un partenaire, l’Unicef, qui nous a donnés encore 25.000 FCFA. Donc nous avons donné 50.000 FCFA par maman, ce qui fait 150.000 FCFA sur trois mois », a relevé M. Lath.

Les parents pris en compte étaient ceux des enfants victimes d’infirmité motrice cérébrale (IMC), de trisomie-21 et autistes, a-t-il énuméré indiquant que ce programme doit toucher plus de 4000 familles.

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