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Côte d’Ivoire-AIP/L’écriture africaine « N’Ko », 71 ans après, a toujours besoin d’être vulgarisée (interview)


  22 Septembre      8        Arts & Cultures (1243),

   

Abengourou, sept 2020 (AIP)-N’Ko « je dis, en langue Bambara » est le nom de l’alphabet africain inventé le 14 avril 1949. Après 71 ans, l’abécédaire, créé par Solomana Kanté comme système de transcription des langues mandingues en Afrique de l’Ouest, reste paradoxalement méconnu aussi bien en Côte d’Ivoire et sur le continent africain, à l’exception des pays comme la Guinée Conakry et le Mali.

Le tradi-praticien à Abengourou, Bakary Diarra, alias Yiriba Nafaman Soumanba Blébléba Diarra, est l’un des promoteurs de l’écriture N’Ko qu’il a même fait transcrire sur les notices de ses médicaments exposés dans son officine et sur les murs de sa demeure. Couturier et tapissier de son état Bakary Diarra a abandonné son métier depuis 2008, année de son arrivée à Abengourou, pour s’adonner à l’alphabet N’Ko.

Dans une interview accordée dimanche 20 septembre 2020 à l’AIP, il donne les raisons qui ont motivé la création de cette écriture africaine, ses enjeux, ses avantages, son évolution et les actions à mener pour la vulgariser afin d’en faire une écriture connue et utilisée dans le monde entier.

AIP : L’écriture N’Ko est transcrite sur tous vos produits vendus dans votre pharmacie, pouvez-vous parler de cette écriture ?

Bakary Diarra : Sachez tout d’abord que N’Ko qui veut dire « je dis » en Bambara. C’est une écriture africaine. Cette écriture a été inventée en 1949 par Monsieur Kanté Solomana, malien d’origine, mais né en Guinée.

Qui est Kanté Solomana et qu’est-ce qui a motivé son invention ?

Solmana Kanté est un instructeur guinéen d’origine malienne. Il a étudié plusieurs langues, à savoir l’arabe, le français et l’anglais. Il a fait le constat que plusieurs nations disposent d’une écriture propre à elles alors que les pays africains n’ont pas d’écriture. Mais le déclic est venu d’un libanais. Un certain Karman Maroua qui avait écrit dans un livre que les Africains ne sont rien, ils n’ont pas de tradition écrite, ils ne font que parler et après, pas de traces d’eux. Ils sont semblables aux oiseaux qui chantent, font du bruit et après plus rien. Cette phrase a fouetté l’orgueil du grand maître Kanté qui, quoique blessé par la parole du libanais, a trouvé exact que nous n’avons pas d’écriture et que nous étudions l’écriture des autres sans en avoir. C’est alors qu’il a décidé de réparer ce qu’il fallait.

Comment a-t-il pu inventer cette forme d’écriture propre à l’Afrique ?

Le maître tenté dans un premier temps d’écrire avec l’alphabet arabe, puis le français et l’anglais sans y parvenir. C’est ainsi qu’à force de recherche, des années plus tard, il a réussi à mettre en place l’alphabet africain, le N’Ko. C’était à Bingerville, en Côte d’Ivoire. Et le siège de la création est encore à Bingerville. Il a fait appeler N’Ko, je répète l’écriture N’Ko qui veut dire « je dis », parce que dans chaque langue en Afrique comme ailleurs, l’on commence par s’exprimer, par parler en commençant par « je dis ». L’alphabet N’Ko comprend 27 lettres dont 20 consonnes et sept voyelles avec un intermédiaire, représenté par huit signes pour marquer les tons. À l’inverse de l’écriture française qui se lit de gauche à droite, le sens de l’écriture N’Ko est de droite à gauche. Et cela n’est pas un hasard ni un choix délibéré. Le maître Kanté Solomana a fait appel à une centaine d’enfants et leur a demandé d’écrire. Certains ont procédé du haut vers le bas, d’autres du bas vers le haut et quelques-uns de gauche à droit, quand la majorité a opté pour la transcription de droite à gauche. Le maître a fait le choix de suivre le grand nombre. C’est ce qui justifie le sens de l’écriture N’Ko de droite à gauche.

Comment expliquez-vous que cette écriture, faite pour les Africains et inventée en Côte d’Ivoire, n’est pas connue par bon nombre d’Ivoiriens et en Afrique ?

En Côte d’Ivoire, on ne s’intéresse pas à cela. On nous reproche très souvent l’absence des représentants ivoiriens dans les débats au plan international organisé en Amérique sur l’abécédaire N’Ko inventé dans leur pays. Mais il y a des grands maitres de N’Ko à Abidjan, il y a eu ici même à Abengourou des grands-maîtres qui ne sont plus. L’alphabet est seulement enseigné dans les écoles coraniques ici en Côte d’Ivoire. Il existe aussi une école privée qui enseigne l’écriture N’Ko à Korhogo. Mais c’est la Guinée-Conakry, avec l’université Koffi Annan, et le Mali qui font la promotion. Au Mali, il y a des journaux télévisés et des émissions réalisées en N’Ko. Il existe au Mali un journal qui écrit entièrement avec l’alphabet N’Ko. L’alphabet est étudié un peu partout, ailleurs en Europe, en Espagne. En Arabie Saoudite, cela est enseigné en cours du soir. Mais c’est surtout en Amérique où il y a sept universités qui enseignent l’écriture N’Ko. En 2015, j’ai même été invité en Amérique pour des débats sur l’écriture N’Ko.

Aujourd’hui avec l’évolution comment adapter l’écriture N’Ko à la modernité ?

L’écriture N’Ko est reconnue par l’UNESCO. Elle renferme de nombreux secrets et connaissances qui peuvent être avantageux. L’alphabet peut être adapté à la modernité. D’ailleurs, le téléphone portable que je possède dispose d’un clavier de l’alphabet N’Ko. Nous avons également un site internet. L’alphabet N’Ko peut être adapté à toutes les langues africaines. Vous pouvez avec l’alphabet N’Ko transcrire votre langue. Elle s’apprend facilement. Plusieurs ouvrages en N’Ko ont été édités. Le maitre Kanté a produit près de 200 livres. Des livres contenant 33 000 vocabulaires en langue Madinka (langue la plus commerciale et la plus parlée du point de vue du nombre de pays en Afrique de l’Ouest), des dictionnaires et des livres d’histoire en écriture N’Ko. Il existe aussi des librairies spécialement pour le ventre des ouvrages de tous genres en écriture N’Ko.

L’écriture N’Ko, selon vous, est une langue qui a de nombreux avantages et adaptable à toutes les langues africaines. Que faites-vous pour que cette écriture soit utilisée partout sur le continent et au plan mondial ?

Nous continuons de promouvoir l’écriture N’Ko. Mais ce que nous voulons, c’est que la Côte d’Ivoire et les Etats africains s’intéressent à l’écriture N’Ko. Qu’elle soit introduite dans les programmes scolaires comme une langue à enseigner dans les écoles depuis le primaire jusqu’à l’université. Cela pourrait motiver la nouvelle génération africaine à apprendre l’écriture N’Ko, à écrire et parler aisément leur langue et à bénéficier de ses bienfaits. Cela permettrait à notre écriture de gagner sa place auprès des autres langues sur l’échiquier international.

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