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Côte d’Ivoire-AIP/Quand scolarisation et formation des jeunes filles créent une pénurie de servantes (Dossier)


  4 Novembre      15        Société (25606),

   

Abidjan, 04 oct 2020 (AIP)- Avoir des filles de ménage ou des nounous pour des familles à Abidjan est un véritable casse-tête. Ce déficit, les femmes le place au compte de la politique de scolarisation et de formation de la jeune fille du gouvernement et de la formation de ces dernières pour leur autonomisation.

« On ne trouve plus de fille dans les campements comme au village. Tout le monde envoie son enfant à l’école maintenant, ce n’est plus comme avant », soutient la sexagénaire N’Gouan Akissi.

Des difficultés dans la quête de filles de ménage

Pour avoir une fille de ménage ou une nounou pour la garde des enfants, chacun à ses moyens de recherche. Certains sollicite les services des agences de placement, d’autres en parle à des connaissances ou à des parents du village.

« J’ai une de mes filles qui est sage-femme à Satama-Sokoura qui m’a demandé de lui trouver une jeune fille pour surveiller ses enfants. Il y a aussi sa grande sœur qui éprouve le même besoin de nounou. Je n’en trouve pas. Il n’y a plus de fille libre », raconte Madeleine Koffi.

Mme Djézou Hortense passe régulièrement des appels téléphoniques à sa maman, ses tantes et ses jeunes cousines à l’effet de lui trouver une fille de ménage. « J’en parle un peu à tout le monde maintenant, à mes collègues de service, des amies, des proches. C’est un filet que je lance. Au début, j’en ai parlé à maman seulement et je n’ai pas de suite jusqu’à présent. C’est difficile à gérer, les enfants, la maison et le boulot », dit-elle avec l’expression d’un visage qui affiche le désespoir mêlée à la fatigue.

Selon le récit de N’Zué Affoué, qui vit dans un campement de Guibéroua, elle avait des nièces qui étaient en quête d’un travail de gouvernante en ville et aussi on lui faisait part de jeunes filles qui étaient disponibles.

« Ce n’est pas qu’en ville. On ne trouve plus de filles pour les contrats de six ou neuf mois pour nous aider dans nos champs et les travaux de la maison. On est beaucoup à être dans le besoin. D’ici quelques années, ça sera encore plus sérieux », ajoute-t-elle.

Chez Paul Améké, gérant d’une agence de placement de personnel de maison à Koumassi, il n’arrive plus à répondre spontanément aux demandes de ses clients. Il signifie que le nombre de filles qui viennent s’inscrire a baissé depuis quelque temps.

Raisons d’un manque

Interrogés sur la raison de ce déficit de fille de maison, ils sont tous unanimes. Le boom de la scolarisation de la jeune fille ces dernières années en Côte d’Ivoire est évoqué comme premier motif. Des femmes d’Abidjan sont contraintes de trouver des astuces, ou se réadapter pour pouvoir tenir leurs maisons et répondre aux attentes du service.

« C’est un constat qui est réel, le déficit de femme de ménage. Depuis que le gouvernement a commencé à faire la politique de scolarisation de la jeune fille et l’école obligatoire pour tous les enfants, on se rend compte que c’est difficile d’avoir quelqu’un. Tous les enfants vont à l’école maintenant. Cela pose un réel problème pour les femmes qui travaillent », soutient dame Kouamé, fonctionnaire.

Depuis trois ans, elle n’a plus de servante. Elle s’est réorganisée et a modifié ses habitudes en trouvant des formules qui s’y adaptent pour mieux gérer sa maison.

« Je me suis offert une machine à laver. Pour gagner un peu temps, on essuie la maison la nuit avant d’aller dormir. Les sorties et les visites pour aller causer avec des copines ou des parents, ne sont plus de mon programme. Tout le monde est utile dans la maison. Le premier arrivé va s’occuper de la cuisine », décrie-t-elle.

Pour dame Kouamé, cette situation va développer le secteur des crèches et garderies.

Mesdames Agbé et Yapo sont du même avis : « c’est la scolarisation de la jeune fille », croient-elles.

« C’est épuisant et stressant, allier le boulot, la maison, les enfants, pour finir ce sont les enfants qui subissent. Par exemple, je suis obligée de réveiller les enfants un peu plutôt parce qu’ils doivent être prêts avant que je ne parte au bureau. Ils mangent un peu tard. On a plus trop de temps pour eux parce qu’on est pris entre le travail et les travaux de la maison », relate pour sa part Elodie Brou.

Quant à la sexagénaire N’Gouan Akissi, elle confronte les réalités de la nouvelle génération à son époque.

« Si tu veux prendre l’enfant de quelqu’un, on te demande de la scolariser et pendant ces heures libres ou ses vacances elle pourra t’aider. A notre époque, les parents faisaient beaucoup d’enfants, ils scolarisaient certains et les autres étaient chargés de les aider dans les travaux champêtres et à la maison. Ce sont ces enfants qui vont être servantes après et d’autres vont être manœuvres dans les champs. Maintenant ce n’est plus le cas et les quelques enfants que les gens ont, ils vont tous à l’école. Tous nos enfants sont à l’école, leurs enfants vont à l’école et nos petites-filles iront aussi toutes à l’école. Pour finir, il n’y a personne de disponible pour les travaux de maison en ville comme au village. Moi-même je me retrouve seule », raconte-t-elle.

Témoignages

Elles ont toutes des témoignages qui corroborent la raison du déficit de femmes de ménage. Elles évoquent la reconversion des gouvernantes dans des secteurs d’activités plus autonomes et prometteuses. Certaines optent pour des formations professionnelles.

« Je connais des filles qui étaient servantes qui ont décidé d’apprendre la couture, la coiffure, faire du commerce ou suivre des cours d’alphabétisation. J’avais une fille qui suivait des cours du soir et quatre ans après, elle s‘est lancée dans le commerce. On ne peut pas rester servante toute sa vie », révèle Mme Abedji.

Mme Kouamé est d’avis avec Mme Abedji que juge le travail de servante comme un tremplin. « Il y a une fille qui avait travaillé chez moi et elle avait appris la couture auparavant. Aujourd’hui, elle a pu s’acheter une machine à coudre et elle coud à domicile. Il y a une voisine qui a une fille qui a émis le désir d’apprendre la coiffure. Quand les enfants vont à l’école et les week-ends quand il n’y a pas trop de choses à faire, elle va apprendre la coiffure », soutient-elle.

Marie Christelle Adou, 23 ans, est en 2e année de pâtisserie à l’Institut de formation et d’éducation féminine (IFEF) de Koumassi, après deux ans de travail comme nounou et fille de ménage.

« Un jour, je passais dans le secteur de l’IFEF pendant que je travaillais et j’ai vu le centre. Je suis allée me renseigner et j’ai décidé de faire des économies pour une formation en pâtisserie », fait-elle savoir toute souriante.

Politique de scolarisation de la jeune fille, des actions fortes engagées

La Politique de scolarisation obligatoire (PSO), menée par la Côte ans depuis 2015, a facilité l’inclusion et l’élargissement de l’accès à une frange importante de la population, la jeune fille en particulier, relevait en mai 2019 la ministre de l’Education nationale, de l’Enseignement technique et de la Formation professionnelle, Kandia Camara.

« La Côte d’Ivoire a fait de l’éducation l’une de ses priorités dès son accession à l’indépendance pour former les agents de son administration mais le vote en 2015 de la loi portant obligation de la scolarisation de tous les enfants de six à 16 ans leur permet désormais de « jouir » de leur droit à l’éducation », a-t-elle déclaré.

La PSO fait obligation aux parents de scolariser tous leurs enfants, garçons et filles, mais aussi au gouvernement de construire de nouvelles écoles de « proximité » pour rapprocher l’école des apprenants, de recruter des enseignants, de doter les écoles les écoles primaires de cantines, de mener une lutte farouche contre les grossesses en milieu scolaire.

Il était prévu, pour ce projet qui constitue l’« une des grandes ambitions » du gouvernement, une enveloppe de 700 milliards F CFA, dont une grande partie destinée à payer les salaires de près de 5.000 instituteurs et professeurs de collèges à recruter, selon un communiqué du gouvernement.

Pour l’année scolaire 2018-2019, 928.485 filles pour 1.182.014 garçons sur 2.110.499 élèves étaient inscrites dans le secondaire général. Des « classes passerelles » ont été créées pour permettre à ceux qui n’ont pas été scolarisés à temps ou restés hors du système éducatif, de renouer avec l’acquisition du savoir formel enseigné à l’école.

Les écoles coraniques sont également encadrées et structurées pour l’équité et l’égalité des chances de tous les enfants à l’éducation. Des cours d’alphabétisation sont initiés à l’intention des adultes pour qu’ils ne soient pas des « parias qui ne comprennent pas la société qui ne les comprend pas ».

Une formation aux métiers de personnels de maison pour répondre à la demande

Le ministère de la Femme, de la Famille et de l’Enfant, a annoncées des réformes dans les Instituts de formation et d’éducation féminine (IFEF) qui vont prendre en compte le passage de l’attestation qui sanctionne les trois ans de formation des auditrices en de véritables diplômes.

Pour élargir l’éventail d’opportunités pour les femmes et les filles, le ministère envisage la création de nouvelles spécialités en agriculture, en technologie de l’information et de la communication (TIC) et aux métiers de personnels de maison.

« L’ambition du gouvernement est de faire des IFEF, des établissements où les femmes et les jeunes filles déscolarisées pourront acquérir des savoir et des savoir-faire qui vont leur permettre de s’insérer dans le tissu socio-économique », a relevé le ministre de la Femme, de la Famille et de l’Enfant, Bakayoko-Ly Ramata.

Crées depuis 1958, les IFEF sont des structures d’éducation non formelles qui œuvrent en vue de favoriser l’accès de toutes les femmes et jeunes filles à l’information, l’éducation, la formation et l’encadrement.

Au nombre de 121 reparties sur l’ensemble du territoire ivoirien, ces structures sont animées par 420 maîtresses et maîtresses adjointes d’éducation permanente et 25 conseillères d’éducation permanente qui assurent la coordination par le suivi pédagogique et le renforcement des capacités du personnel enseignant.

Le nombre d’auditrices est passé de 1.951 en 2011 à 3.064 2019, soit un taux d’accroissement de 57%.

Les actions de ces structures ont permis d’enregistrer de 2011 à 2019, 29.876 auditrices formées dont 16.950 en alphabétisation et 12.926 aux métiers de couture et pâtisserie. Elles ont aussi apporté une assistance à 120.729 femmes dans le cadre des activités d’animation communautaire.

Bien que la scolarisation de la jeune fille et la formation professionnelle aient réduit la disponibilité des femmes de maison sur le marché de l’offre, d’autres raisons secondaires ne sont pas à perdre de vue notamment les jeunes filles mères, la pénibilité et la durée des tâches ainsi que la difficile cohabitation entre servante et patronnes, qui les emmènent à explorer d’autres horizons.

La volonté et l’engagement de ces filles d’avoir une formation professionnelle doit être soutenus et encouragés par des actions et programmes adéquats pour ne pas qu’elles soient en proie à la facilité.

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