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La tradition : un obstacle majeur à la gestion par des femmes maraichères congolaises des terres agricoles


  27 Septembre      14        Société (36312),

   

Kinshasa, 25 septembre 2021 (ACP).- La tradition (ou la coutume) constitue un obstacle majeur à la participation des femmes maraichères au processus de prise de décision sur la gestion des terres agricoles en République démocratique du Congo (RDC), révèle une mini-enquête menée par l’ACP en septembre 2021 à Kinshasa et dans certains milieux de la périphérie cette ville.

Un rapport de l’Organisation des Nations-Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) publié récemment, indique que la RDC compte 86% des ménages agricoles en milieu rural dont 18,1% seulement, sont dirigés par les femmes. Les hommes sont ainsi largement majoritaires dans la prise de décision pour les questions liées à la terre agricole dans ce pays.

« La majorité des terrains que nous exploitons appartiennent aux chefs traditionnels ou coutumiers. Ces derniers nous donnent le droit d’usage et non de propriété. Et pourtant, les femmes sont majoritaires dans ce site qui compte 13 (treize) femmes contre 2 (deux) hommes, mais aucune d’entre nous n’est propriétaire. Les hommes, par contre, sont propriétaires », déplore Mme Alasa Okila, maraichère au site de Funa à Kimwenza, un quartier urbano-rural de la commune de Mont-Ngafula à Kinshasa. Selon certaines coutumes à Kinshasa et dans plusieurs autres provinces de la RDC, le droit de propriété de la terre agricole est généralement réservé à l’homme. « La femme maraîchère, contrairement à l’homme, est considérée comme main d’œuvre familiale non rétribuée», explique-t-elle.

 Olier Obi, également maraicher sur le site de Funa à Kimwenza, déplore la discrimination dont sont victimes les femmes maraîchères, en ce qui concerne le titre foncier. Il affirme qu’en règle générale, les hommes contrôlent la terre et les femmes n’y ont accès que par l’intermédiaire de leurs parents de sexe masculin.

Mme Yvonne Ntambwe, agent au ministère des Affaires foncières explique : « certaines zones, notamment des sites urbains et périurbains à vocation agro-pastorale et aquacole sont interdites d’occupation et d’acquisition. Ces zones sont déclarées non constructibles. Ce sont des sites que l’État a octroyés aux maraîchers et éleveurs pour leurs activités. Et ces zones ne peuvent en aucun cas être spoliées ». Formuler une politique foncière efficace, tout en tenant compte des coutumes et pratiques en vigueur n’est pas facile, fait-elle remarquer.

 Pour Me Fiston Nsampeli, avocat au barreau de Kinshasa-Matete, « les femmes devaient être représentées équitablement dans les comités des maraîchers pour plaider leur droit d’accès à la terre, étant donné qu’elles constituent 70% des travailleurs du secteur agricole. Elles sont  capables de prendre de bonnes décisions dans la production alimentaire vu qu’elles labourent la terre et connaissent les difficultés et les avantages liés à ce travail».

Par ailleurs, M. Freddy Mumba Mukuba, secrétaire exécutif à la Confédération nationale des producteurs agricoles du Congo (CONAPAC) soutient qu’il est important d’influencer l’élaboration des politiques foncières qui tiennent compte de l’égalité des hommes et des femmes par rapport à l’accès à la terre. Bien qu’il existe des us et coutumes, les lois doivent favoriser l’accès des femmes à la terre. 

 

Appel à la mise en place d’une politique d’agriculture durable pour une justice climatique

 

Selon Me Gabrielle Pero, une des responsables du Forum des femmes pour la gouvernance des ressources naturelles (FFGRN), les maraîchères sont des moteurs de l’agriculture vivrière. « C’est pour cette raison que l’Etat devrait mettre en place une politique d’agriculture durable en vue de soutenir les solutions des femmes en matière d’accès à la terre. Pour cela, la femme doit être formée et informée sur ses droits. Elle doit fournir des outils nécessaires aux actions de plaidoyer », affirme-t-elle.

 La solution serait l’adoption d’une loi portant sur le régime foncier rural prévoyant un accès égal aux ressources naturelles en général, et aux terres agricoles en particulier, sans discrimination de sexe ou d’origine. 

 L’Etat devrait instaurer des programmes de formation et de sensibilisation, surtout en milieu rural et urbano-rural, aux droits des femmes à la propriété et assurer une assistance juridique aux femmes souhaitant déposer plainte pour ce type de discrimination.

 Didier Tudie, expert agricole au ministère de l’agriculture, indique, pour sa part, qu’on ne peut pas parler de l’autosuffisance alimentaire en RDC sans les maraîchères.

Cette enquête a été menée en collaboration avec Journalistes pour les droits humains (JDH/JHR), avec l’appui d’Affaires mondiales Canada.    

 

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