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LE NOUVEAU BACHELIER LE PLUS ÂGÉ DE LOUGA VEUT DEVENIR SOURCE D’INSPIRATION POUR LES PLUS JEUNES


  4 Octobre      10        Education (3671),

   

Louga, 4 oct (APS) – Le nouveau bachelier le plus âgé de la région de Louga, Djiby Diaw, 50 ans, se voit comme un modèle pour inspirer les plus jeunes à reprendre les études, dans le cas de personnes ayant abandonné très tôt l’école.
Le quinquagénaire, natif de Léona, dans le département de Louga, vient de décrocher son Baccalauréat à un âge où il n’est pas très commun de se présenter à cet examen.
Monogame et père de huit enfants dont deux filles, il a obtenu son entrée en sixième en 1982, avant d’intégrer le CEM Massamba Siga Diouf de Louga.

Il se présente en 1987 à l’examen du Brevet de fin d’études élémentaires (BFEM), échoue pour cette première tentative. L’année blanche de 1988, l’oblige à repasser cet examen qu’il décroche en 1989 pour sa troisième tentative.

Démotivé et découragé par ces trois années perdues, mais aussi influencé par la tendance de l’immigration dans cette partie du Sénégal, Djiby Diaw abandonne l’école en classe de seconde pour s’expatrier. Il débarqua alors en France en 1990.

« J’ai passé sept années très difficiles en France. L’immigration n’est pas faite pour tout le monde. J’en ai payé les frais, car j’ai eu beaucoup de mal à y vivre », raconte-t-il, amer.

Mais son calvaire est loin de finir une fois rentré au bercail, en 997. Sans travail, il passe trois années à essayer de sortir de la galère. Il croit entrevoir le bout du tunnel en fin 2000.

« J’ai trouvé du travail durant cette période, grâce aux projets lancés par Abdoulaye Wade, président à l’époque. J’ai fait des formations en passations de marché, gestion financière et en techniques de recherche de partenariats. En 2007, j’ai travaillé dans le projet des villages du millénaire durant sept ans en tant qu’animateur économique », dit-il dans un entretien avec l’APS.
La maladie le motive à poursuivre ses études 30 ans après
Mais en 2014, il vit à nouveau des moments pénibles, en proie qu’il est avec des douleurs aux jambes, qui ne l’ont toutefois pas empêché de poursuivre ses activités dans un premier moment. Les douleurs s’aggravèrent en 2017, l’obligèrent à s’aliter.

Un malheur ne venant jamais seul, sa femme est attaquée par le même mal et décède en 2019. Avec la disparition de son épouse, il se résout à suivre un traitement à l’hôpital régional Amadou Sakhir Mbaye où on lui diagnostique une coxarthrose bilatérale, arthrose de la hanche, une des arthroses les plus fréquentes.

« Je suis allé à l’hôpital Le Dantec de Dakar pour me faire opérer. L’opération m’a coutée plus de deux millions de francs CFA pour la seule jambe gauche qui était plus affectée. Il me reste la jambe droite à soigner et actuellement, elle s’aggrave », fait-il savoir.

Après cette intervention chirurgicale, les médecins lui ont interdit toute activité physique intense. Ce qui l’amène à reprendre ses études durant sa convalescence, afin d’obtenir son Baccalauréat.
30 ans après avoir arrêté ses études, Djiby Diaw s’inscrit donc aux Cours privés Emergence de Louga, qui venaient juste d’ouvrir ses portes.
Réussir pour son propre plaisir
Il refuse de faire cas de la réaction de son entourage qui voyait mal son retour en classe. Djiby Diaw s’arme de courage et de détermination pour finalement obtenir son Bac au premier coup.

« Quand je suis retourné en classe, j’ai trouvé des élèves et des professeurs qui avaient l’âge de mes enfants. Cela n’a pas été facile, mais j’ai su m’intégrer. Dans ma tête, je n’avais pas 50 ans. J’étais juste au milieu de gens qui ont le même âge que moi », explique le quinquagénaire.

« En classe, je participais activement aux cours. Une fois à la maison, j’étais constamment sur mes cahiers à réviser. A mes débuts, mon actuelle femme n’était pas enthousiaste, mais à la fin, elle m’a compris et soutenu », tient-il à souligner

Djiby Diaw a obtenu son Bac après les épreuves de rattrapages du second tour.
« Je voulais avoir mon Bac cette année et pas une autre année. Je suis très fier de moi. S’il faut aller à l’université poursuivre mes études, je le ferai, mais ma préférence c’est de faire une formation en gestion de projets puisque j’ai déjà acquis des compétences dans ce domaine », a-t-il fait savoir.

Servir de modèle aux autres
Le bachelier le plus âgé de Louga espère que sa réussite va inciter tous ceux qui ont très tôt abandonné l’école à retrouver les bancs. Il y voit de même une source de motivation pour amener les plus jeunes à poursuivre leurs études.

« Il n’y a pas d’âge pour apprendre. Il est possible de le faire à tout moment », a-t-il ajouté, avant de plaider auprès des autorités, pour une école primaire de qualité.

« Aujourd’hui, note-t-il, le niveau a baissé. J’ai obtenu mon Bac sans avoir fait les classes de seconde et première parce que j’ai eu une bonne base ».

Le natif de Léona sollicite par ailleurs des autorités qu’elles l’aident à poursuivre son traitement en vue de se faire opérer de la jambe droite qui commence à l’indisposer. Il espère après cela bénéficier de formation pour pouvoir travailler le plus rapidement possible.

Pour le directeur des « Cours privés Emergence » de Leona, Youssou Diop, « le père Diaw » est « un homme déterminé, rigoureux, jovial et très assidu en classe, malgré les difficultés de la vie ».

« Il se faisait aider par les autres élèves et professeurs. C’est une fierté pour la commune de Leona. Il a joué aussi le rôle de surveillant à l’école. Il a conseillé beaucoup de jeunes. Nous ne sommes pas surpris. Sa réussite doit être sue de la plus haute autorité du pays », a-t-il dit.

Le bachelier le plus âgé du Sénégal cette année a 65 ans. Il a obtenu son diplôme à l’issue des épreuves du second tour à Rufisque, à Dakar.

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