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Battling Siki reste une énigme, près d’un siècle après sa mort


  17 Août      197        Sport (12694),

 

Dakar, 17 août (APS) – Le combattant de la Première Guerre mondiale et champion du monde de boxe en 1923, Louis Mbarick Fall alias Battling Siki, assassiné en 1925, demeure une énigme que des universitaires, des Américains notamment, veulent tirer de l’oubli.
 
L’œuvre immense de ce boxeur assassiné à l’âge de 28 ans a inspiré les plus grands boxeurs de tous les temps, les Américains Mike Tyson et Mohamed Ali, selon les spécialistes du noble art.
 
« Ce qu’il a accompli est aussi grand que l’œuvre de Muhammad Ali. A son époque, le monde savait à peine que l’Afrique existait », a déclaré, dans un article daté du 14 août dernier du quotidien sportif français L’Equipe, son lointain héritier, le Français Souleymane Mbaye, champion des super-légers. Mbaye est allé se recueillir sur la tombe de Louis Mbarick Fall, sur la Langue de Barbarie, à Saint-Louis du Sénégal.

« Il n’est pourtant pas n’importe qui »
 
« Emigré en France, puis en Hollande, avant de s’établir aux Etats-Unis d’Amérique, cet autodidacte a combattu deux fois au Madison Square Garden de New York et sur tant d’autres rings en France, en Belgique, en Hollande, en Irlande, en Algérie, en Allemagne… » rappelle L’Equipe.
 
Sur le nombre de combats livrés par le boxeur, les archives sont muettes. D’autres sources parlent de 88 combats dont 66 victoires pour ce « poilu » qui s’est battu pour libérer la France de la domination allemande, lors de la Grande Guerre.
 
Selon le journal français, même son passage sous les drapeaux semble poser problème « aux services historiques de l’armée (française) ». « Les recherches seraient trop fastidieuses, l’exactitude de son nom trop aléatoire. Selon les occurrences, on désigne Siki sous les noms de Louis Amadou Baye Mbarrick Fall (parfois Phal ou Phall) », rapporte L’Equipe.
 
« Il n’est pourtant pas n’importe qui, il est pourtant passé entre les mailles du filet mémoriel. Selon les journaux de l’époque, il aurait décroché la prestigieuse Croix de guerre 1914-1918 », écrit le journal sportif, sans trop de certitudes ni sur ses hauts faits de guerre, encore moins sur la manière dont il a rejoint la France.

La vie de Louis Mbarick Fall alias Battling Siki est comme un mystère enveloppé dans un halo d’incertitudes.

L’universitaire français Jean-François Loudcher soutient que « l’oubli sportif de Siki a été sciemment construit par les édiles de la boxe, car il dérangeait, il a brisé les codes en mettant en évidence un combat truqué ».

L’Equipe semble partager cette remarque en affirmant que « la République française ne semble pas mesurer l’intérêt d’honorer ce boxeur qui défrayait la chronique des années 1920 ».

Battling Siki a eu droit à une sépulture, dans le cimetière saint-louisien de Guet-Ndar, près des siens, grâce à José Suleiman, qui a aidé à faire rapatrier ses restes en 1993. Le boxeur, qui s’est emparé du titre du champion du monde en 1922, en battant Georges Carpentier, « a donné son nom à des rues, à des gymnases… »

« Un pionnier oublié »

Oublié par la France, le pays pour lequel il a pris part à la Première Guerre mondiale, oublié par le Sénégal aussi, Battling Siki continue de susciter l’engouement ailleurs. Selon L’Equipe, le cinéaste hollandais Niek Koppen lui a consacré un documentaire.

« Et il y a trois semaines, l’Australien Ashley Morrisson était en France pour finaliser trois ans de tournage sur Siki, un pionnier oublié », rapporte le quotidien français. « Des biographes américains ont tenté de retracer sa vie. En France, Jean-Marie Bretagne, auteur de +Battling Siki+ (éditions Philippe Rey), a tenu à lui rendre hommage », poursuit-il.

« Je me suis toujours demandé pourquoi le vaincu, Carpentier, était plus connu que le vainqueur, Siki. Effacer la trace de Siki, c’est une injustice terrible », commente le journaliste et écrivain cité par L’Equipe. « La défaite cuisante infligée à Carpentier, idole du sport et ancien aviateur, héros de 14-18 ne suffit pas à justifier l’avanie », fait valoir Jean-Marie Bretagne.
 
Cette victoire chèrement payée par le natif de Saint-Louis du Sénégal entre dans la postérité, sans passer par les canaux officiels. En plus des documentaires sur la vie du boxeur, un dessin animé, « Championzé » (éditions Futuropolis), lui a été consacré, selon L’Equipe.

Le journal sportif ajoute que la photographe Virginie Terrasse achève un travail de quatre ans sur les lieux où il a vécu. Et le cinéaste Jean-Claude Barry travaille à un film sur sa vie. Il existe aussi un album jazz (« Suite for Battling Siki ») du contrebassiste italien Mauro Gargano.

« Je voulais rendre hommage à Miles Davis qui avait composé sur Jack Johnson, le premier champion du monde noir des poids lourds (de 1908 à 1915). Par un clin d’œil, j’ai préféré Battling Siki, qui est un peu le Jack Johnson français. J’ai été surpris qu’il soit si peu reconnu ici. Pour composer, je tenais à m’imprégner. J’ai suis allé
consulter des articles à la Bibliothèque nationale. J’ai aussi appelé la Fédération française de boxe. Là, on ne m’a jamais répondu », a dit Gargano.

« Une copieuse bronca »

L’histoire retient en tous les cas que Battling Siki a battu l’idole de la France de l’époque, Georges Carpentier, le 24 septembre 1922 devant 40.000 spectateurs du stade de Buffalo, à Montrouge, en le mettant KO à la sixième reprise.

L’arbitre de l’époque, Henry Bernstein, avait donné la victoire au Français, la célébration de Siki ayant été jugée peu orthodoxe. Bernstein s’est ravisé ensuite, « face à une copieuse bronca du public », rappelle L’Equipe.

« L’issue du combat et les atermoiements de l’arbitre feront couler beaucoup d’encre. Dans une tribune en une de L’Humanité, en décembre 1922, Paul-Vaillant Couturier dénoncera quelque chose de beaucoup plus grave que le trucage d’une épreuve sportive… La campagne organisée contre l’homme de couleur… Le symbole du colonialisme », commente le quotidien sportif.
 
 »On félicite Siki avec ironie. Depuis que le colonialisme existe, des Blancs ont été payés pour casser la gueule des Noirs. Pour une fois, un Noir a été payé pour en faire autant à un Blanc », avait commenté Nguyen Ai Quoc, le héros de la libération du Vietnam, qui est entré dans l’histoire sous le nom d’Hô Chi Minh, rapporte L’Equipe, citant la revue Paria.

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