Abidjan, 13 nov 2023 (AIP) – Des organisations de la société civile américaine et ivoirienne, à savoir Mighty Earth, le Regroupement des acteurs ivoiriens des droits humains (RAIDH) et Green Forest Africa, alertent dans un rapport transmis lundi 13 novembre 2023 à l’AIP, sur les impacts négatifs de la culture de l’anacarde ou noix de cajou en Côte d’Ivoire.
Selon ces organisations, durant les 40 dernières années, l’accroissement de la demande mondiale de l’anacarde a entrainé une expansion rapide des plantations par les petits producteurs des régions tropicales. Aussi, entre 1980 et 2020, la superficie totale des terres consacrées à la culture de l’anacarde est passée de 526.250 hectares à 7.101.970 ha.
Quant aux rendements mondiaux, la production de l’anacarde est passée de 706.500 tonnes en 2018 et à plus de cinq millions de tonnes en 2022. Cette expansion a surtout été observée en Afrique, selon des données de l’Alliance africaine pour le cajou qui estiment que la production du continent africain représente desormais 58% de la récolte mondiale contre 37% en 2008.
La Côte d’Ivoire qui est aujourd’hui le premier exportateur mondial de noix cajou brute avec un chiffre d’affaires de 961 millions de dollars en 2021 et une production de plus d’un millions de tonnes en 2022, ainsi qu’un emprunt sur 30 ans pris auprès de la Banque mondiale pour stimuler la production sur le territoire national, a été l’épicentre de ce boom de la production mondiale du noix de cajou.
Pour ces organisations, malgré l’appréciation quasi générale de cet produit, peu de consommateurs savent l’impact négatif de la culture et de la transformation de noix de cajou sur l’environnement et les travailleurs du secteur en Côte d’Ivoire.
Le rapport précise qu’à l’instar du cacao, la noix de cajou représente un moyen de subsistance essentiel, en terme de revenus pour les communautés rurales mais l’expansion vertigineuse de cette culture a créé non seulement des « déserts verts » qui compromettent la biodiversité mais deviennent une menace existentielle pour ce qui reste de flore et de faune sauvages, autrefois très riches dans le pays.
Il pointe en outre une réduction de la cuture traditionnelle de subsistance indispensable à l’autosuffisance alimentaire des populations et une surabondance de l’offre de cajou au début de l’année 2023, qui a provoqué l’effondrements du marché. Ce qui empêche de nombreux ménages à vendre leur production et les exposant à l’insécurité alimentaire, mais aussi, une exposition des travailleurs dans les usines de transformation dont la plupart sont des femmes, à des brulures au niveau de la peau provoquées par une huile caustique provenant des coques des noix de cajou lorsqu’elles sont grillées. Cela se produit quand les travailleurs décortiquent manuellement le noix de cajou.
Face à cette situation, les trois organisations demandent la collaboration des acteurs de la chaine d’approvisionnement en noix de cajou avec les acteurs locaux pour arrêter et inverser la dégradation de la biodiversité dans les paysages dominés par la noix de cajou en Côte d’Ivoire, l’investissement dans les pratiques agricole durables qui préservent les écosystèmes, la réduction de la dépendance des agriculteurs à l’égard de la noix de cajou et la protection des travailleurs du secteur.
Egalement, le développement d’une traçabilité complète au niveau de l’exploitation afin de mieux comprendre les différents problèmes environnementaux et sociaux existants là ou les entreprises s’approvisionnent en noix de cajou, une communication publique sur l’origine précise de leurs achats de noix de cajou, la conception des plans d’action pour un approvisionnement sans déforestation ni conversion des écosystèmes et un investissement dans des méthode de cultures propices à l’épanouissement de la biodiversité ainsi qu’une meilleure réglementation tant en Côte d’Ivoire que dans les pays consommateurs.
Elles appellent aussi le Conseil du coton et de l’anacarde à entamer un dialogue multipartite sur l’impact environnemental des noix de cajou, dans le but de renforcer les normes et les réglementations du secteur et de promouvoir des chaines d’approvisionnement en noix de cajou socialement et écologiquement responsables. Elles demandent par ailleurs aux législateurs de l’Union européenne, du Royaume-Uni et des Etats-Unis d’introduire des mesures interdisant la vente sur leurs marchés de noix de cajou liées à la déforestation et à la destruction d’habitats naturels.