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Gagnoa/ Au contact des ‘Perdus de vus’ du Sida (Reportage)


  1 Décembre      61        Santé (15222),

 

Gagnoa, 26 oct 2023 (AIP)- Il arrive que certaines Personnes vivants avec le VIH (PV VIH), répertoriés et placés sous Antirétroviraux (ARV) décident de cesser de suivre le traitement.

Selon le chef de service action sanitaire du Gôh, docteur Séka Kouassi Célestin, dans le jargon médicinal, ils portent le nom de ‘Perdus de vus’.

Le praticien révèle que pour le premier semestre de l’année 2023, un total de 153 ‘Perdus de vus’ ont été dénombrés, sur l’ensemble de la région du Gôh, quant 98 « seulement » d’entre eux, ont accepté de reprendre le traitement. Curieux d’en savoir un peu plus, nous rencontrons deux d’entre eux, séropositifs et perdus de vue, qui ont décidé d’emprunter le chemin retour.

Première prise de contact avec un perdu de vues

Avec l’aide de certains séropositifs qui gèrent le milieu, dont le président de l’association des séropositifs du Gôh, Azaud Gervais, qui est une Personne vivant avec le Vih (PVVIH) depuis 2003, le rendez-vous est pris dans l’enceinte du Centre hospitalier régional (CHR) de Gagnoa. « Trouves-nous au premier étage du bâtiment du labo », répond au téléphone M. Azaud, qui doit servir d’interface dans ce milieu très fermé. « Je viens ici tout le temps, mais j’ignorais que ce lieu servait aussi de salle de réception des séropositifs », faisons-nous remarquer.

Assis, la tête entre les bras dans une chemise manche longue bleue nuit défraîchie, l’air très ghd,amaigri, celui que nous appellerons Simplice, a décidé de revenir voir son médecin après avoir été « perdu de vue » plusieurs mois durant. Toutes les tentatives pour essayer de retirer des phrases de ce patient, restent vaines. Au moment où il commençait à vouloir balbutier quelques mots, il est invité à entrer voir le praticien en salle. Il se lève, l’air complètement épuisé, réajuste son pantalon qui semble en-dessous de sa taille, et sans mot dire, disparaît dans le bureau.

Azaud Gervais explique que voilà bientôt deux mois, Simplice était « perdu de vue », et personne ne savait où il se trouvait, quand bien même il répondait au téléphone. « Ça été dur les négociations pour qu’il accepte de revenir » lâche-t-il, convaincu que son « ami » a besoin de « parole réconfortante » et surtout de « soutien matériel et financier », parce que dit-il, « quand tu es séropositif, le plus dur, c’est d’assurer ton quotidien alimentaire. Vous les biens portant, si vous consommez une portion, nous PV VIH,  on doit en manger la double portion», lâche-t-il.

Au bout de trente minutes d’échange avec le médecin, Simplice réapparaît.  « Je suis fatigué. J’ai besoin de me reposer », murmure-t-il, comme s’il pressentait une question. Direction quartier Zapata, où une petite maison de deux pièces nous reçoit, après que nous ayons pris soin de manger dans un restaurant de fortune, en bordure de voie. A ce moment, Simplice semble disposé à parler. A la question, pourquoi êtes-vous parti et pourquoi vous revenez maintenant, l’homme demeure dans un long moment de silence, qui en dit long sur son remord, avant de se lâcher.

« Au moment de ma maladie déclarée en 2015, j’avais 32 ans, je pesais 86 kg et je pouvais dire que je gagnais bien ma vie », explique-t-il. Résident au quartier Zapata à Gagnoa, il était suivi au Centre hospitalier régional (Chr) de ville. « Pendant deux ans il n’y avait aucun problème, puisque j’avais accepté ma maladie, même si c’était difficile », dit-il, tout en faisant observer qu’il avait été discret sur son état de santé, vis-à-vis de son entourage. « Même ma copine, n’était pas informée et je commençais à jouer à cache-cache avec elle, afin de ne pas la contaminer », explique Simplice. Il assure que malgré les recommandations du médecin, il n’a pas souhaité se présenter à l’hôpital avec son amie pour des tests, tout en ne précisant pas si elle a été infectée ou pas. « Je ne sais pas si elle se doutait de quelque chose, puisque je trouvais tous les prétextes du monde pour éviter d’avoir des rapports sexuels avec elle. Mais ça devenait intenable », confesse le jeune homme. Las, il décide de disparaître de Gagnoa, pour aller s’installer à Sassandra (200 km de Gagnoa), ville dont il est originaire, pour dit-il « fuir tout cet imbroglio ».

Une fois sur place, n’ayant plus la contrainte du regard de son médecin traitant, il commence à être irrégulier dans son traitement puisqu’il n’est pas allé immédiatement se présenter au service sanitaire de Sassandra, comme étant un séropositif identifié. « J’espérais discrètement, qu’un autre diagnostic aurait fait de moi un séronégatif, même si intérieurement, je ne savais pas comment cela pouvait être possible », a-t-il confessé.

Perdant peu à peu ses repères, il affirme qu’il avait commencé par sombrer dans le désespoir, dû certainement à l’absence de suivi psychologique. « Pis, j’avais perdu un tiers de mon poids et je commençais par m’inquiéter », dit-il. A ce moment, l’homme rappelle que « paradoxalement » il fuit l’hôpital, pour s’accrocher à tout traitement traditionnel. On entend parler de ces tradi praticiens, faiseurs de miracle, partout et nulle part dans les villages de Sassandra, mais aussi, en ville, à travers les radios locales, qui diffusent à longueur de journée des spots, dont ceux d’un certain, ‘docteur vis-à-vis’, qui prétendait guérir ce mal en l’espace d’un mois, à l’aide de mixture, explique-t-il.

« J’étais à moins de 50 kg et je me sentais en train de finir », se rappelle Simplice, qui à ce moment-là, nous dit-il, a été joint au téléphone par le président Azaud, qui l’a convaincu de revenir sur Gagnoa. « La suite vous la connaissez », insiste le patient, tout en s’adressant à son président. Ce dernier relève que le plus important est que son ami soit là et qu’il reprenne convenablement son traitement.  Une bonne nouvelle en amenant une autre, un autre perdu de vue, est retrouvée dans une église.

Après un certain temps, le président nous donne encore l’opportunité d’échanger avec une autre de ces connaissances, que nous nommerons Isabelle. Elle aussi, ‘Perdue de vue’. A la différence du premier, cette patiente habitant le quartier ‘Libreville’, a déclaré avoir fait six mois de traitement, avec une absence totale de charge virale. Sans attendre, elle est interrogée sur ces motivations à abandonner son traitement d’ARV, alors qu’elle  n’est pas totalement guérie. Agé de 28 ans aujourd’hui, d’un corps mince mais très amaigri dans son teeshirt, Isabelle dit avoir contracté la maladie à l’âge de 25 ans. « D’abord, il a été difficile pour moi d’accepter la situation », dit-elle, avant de révéler qu’elle avait la sensation que guérison tardait. « Malgré les ARV, je ne me sentais pas bien moralement », a-t-elle expliqué. La jeune dame fait observer que sa guérison totale n’était plus dans la prise des médicaments, mais relève plutôt de la métaphysique. « M’abandonnez à Christ, afin qu’il opère le miracle, était ma principale préoccupation », fait-elle observer. A la vérité, cette préoccupation ne semble pas être oubliée, puisqu’elle n’a pas repris son traitement. Convaincu, dit-elle, que « la solution ultime se trouve dans la prière ».

Isabelle sereine, était décidée à arrêter tout traitement médical au profit de la prière et de sa foi en Jésus-Christ. Elle ne s’était plus présentée depuis plus d’un mois, à son médecin traitant, alors qu’elle venait d’achever six mois de traitement d’Anti retro viraux. « Pourquoi voulez-vous que j’aille voir le docteur, quand j’ai en moi, le plus grand et le puissant des remèdes qui soient et qui guéris totalement, Jésus-Christ de Nazareth ! », nous interroge la patiente. Sa foi en Dieu était si grande, que tout visiteur se mettrait lui-même à douter de tout traitement médical.

Mais nous n’étions pas au bout de nos surprises.

Le président des séropositifs qui a acquis l’art de s’adresser à ses pairs, se propose d’accompagner la dame au camp de prière.

« Je dois y retourner dans deux jours. Si ça vous tente », lâche, la perdue de vue, qui ne se doutait pas que M. Azaud n’attendait que ça. Grande fut notre surprise de constater, que le week-end suivant, Isabelle avait accepté de reprendre son traitement et d’adjoindre ainsi au traitement spirituel, les ARV.

« Tout compte fait, c’est Dieu qui a créé les plantes », dit-elle pour se donner bonne conscience. « Humm, comment avez-vous procédé », demandons-nous ? « C’est devenu mon métier ! », répond Azaud avec une sourire qui en dit long sur sa joie d’aider, avant d’ajouter, qu’il bénéficie d’un bon encadrement avec Dc Séka.

Il nous révèle qu’il avait eu un cas identique, mais la dame était revenue un peu tard, et malgré les soins apportés, était malheureusement passé de vie à trépas.

Le Sida se porte mal, les populations se portent bien

Docteur Séka révèle que c’est souvent qu’ils se retrouvent face à des cas de séropositifs qui abandonnent le traitement. « On voit Mr x on l’appelle pour qu’il puisse prendre ses médicaments. Mr x refuse. Légalement on ne peut pas le contraindre. Donc, il est considéré comme perdu de vue », fait observer le praticien.

« On a pu ramener 98 personnes. Le reste de l’activité se poursuit. C’est notre travail que de sensibiliser, car il n’y a pas  de moyens pour contraindre un patient à avaler les médicaments.

Nous devons négocier. C’est laborieux, mais bon, …….on continue », assure le chef de service action sanitaire du Gôh. Notons que dans le premier semestre de l’année 2022, ils étaient 242 personnes répertoriées comme ‘perdues de vue’. Des actions ont été menées, de sorte que 148 ont pu être ramenés dans les soins.

Adjoint du directeur régional de la Santé, en ce qui concerne l’action sanitaire, il se montre  optimiste dans la lutte quotidienne,  affirmant que « le Sida se porte mal, les populations se porte bien » et que la lutte continue, vue que de toute les façons, « les patients perdus de vue ne disparaissent de la surface de la terre ». Il assure que certainement à l’orée 2030, avec l’engagement du Comité régional de lutte contre le Sida, ainsi que celui de tous les acteurs  du domaine de lutte contre la pandémie, « nous espérons, comme le Chef de l’Etat l’a dit, arrivé à bout de cette maladie en tant que problème de santé public ».

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