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Un inventeur de Divo incompris des siens (Reportage)


  7 Avril      11        Innovation (69),

   

Divo (AIP) – Cheveux grisonnants, la cinquantaine bien sonnée, émacié et d’un physique frêle, Tekri Papi David a le regard perçant d’une personne déterminée et sereine. Convainquant, même quand il vous parle de choses qui relèvent du fantastique, du rêve et de la fiction. Ses inventions sont réelles, et pour un niveau scolaire de la classe de CM2, l’on ne peut s’expliquer autrement cette capacité de faire, très jeune, des schémas d’appareils électriques et électroniques assez sophistiqués, sinon que de s’intéresser à cette histoire fantastique, évoquant des contacts avec des extraterrestres.

Aujourd’hui, après plus de quarante ans de recherches, d’inventions, sans aucune possibilité financière, avec ses schémas et prototypes, de réaliser son ambition de servir au mieux sa communauté et l’Homme de façon générale, l’inventeur du village de Grobiassoumé est dans l’amertume, parce qu’incompris des siens, trahi par des amis, et rejeté assez tôt par des parents qui l’accusaient de sorcellerie.

L’invention déjà à l’âge de sept ans

Né en 1965, dans son village Grobiassoumé, situé à 12 Km de la ville de Divo, sur l’axe Divo – Lakota, Tekri Papi David, alias Gogoua David, a été assez tôt orphelin de père et de mère, précisément, à 7 ans pour le père et 12 ans pour la mère.

C’est à sept ans, alors en classe de CP2, que Tekri David fabrique son premier appareil. Il s’agit d’un jouet, une petite pirogue en bois, équipée d’un gouvernail, et qu’il a dotée d’un moteur fonctionnant avec six piles. Il la faisait se mouvoir sur une rivière du village, à l’aide d’une télécommande, devant ses camarades subjugués et interloqués.

Tekri David explique que l’inspiration lui est venue à travers des songes, où il voyait des personnes, de race blanche, qui se sont présentées à lui comme étant des extraterrestres, venus d’une autres planète. Il les a vu fabriquer des appareils complexes. « Un jour, ils m’ont expliqué que dans le passé j’étais avec eux dans leur monde, j’étais un technicien, très doué, le meilleur du groupe qui fabriquait des machines », relate l’inventeur.

Des songes, les visiteurs du jeune de l’époque ont commencé à se manifester physiquement, mais à travers des formes en hologramme. « Nous sommes venus te révéler les dons que Dieu t’a donné, te montrer tous ce que tu fabriquais quand tu étais avec nous, afin que tu puisses les réaliser ici », ont précisé les visiteurs de Tekri. Mais, ceux-ci, ont conseillé au jeune homme, d’aller dans un centre de formation professionnel pour aller y consolider les bases de ses connaissances, pour arriver par la suite à valoriser son savoir, à travers ses inventions.

Orphelin, il n’a aucune oreille attentive de la part de son oncle, qui le traite de sorcier, et finit par le chasser du domicile familial en 1984.

L’inventeur en herbe ne démord cependant pas de sa passion de créer et d’inventer. Il continue de recevoir « la visite des extraterrestres ». « Même en plein jour, poursuit-il, ils viennent et me montrent dans l’espace des schémas complexes d’appareils électroniques de toutes sortes, que j’ai reproduit dans des cahiers avec les dates des révélations ».

De la révélation des schémas aux obstacles à ses projets d’invention

Tekri Papi montre cinq vieux cahiers usés par le temps, mais encore bien conservés. Ils contiennent des schémas datés des années 70 à maintenant, avec des explications écrites de leurs fonctionnements. L’on y trouve des schémas de moteurs d’avion, des turbines, des systèmes complexes d’appareils électroniques, utilisables dans le domaine de la médecine, de l’aéronautique, de l’agriculture, de l’éducation, etc.

Le passionné de Grobiassoumé explique que n’ayant trouvé aucun soutien pour entrer dans un centre de formation professionnelle, de guerre lasse, il a demandé, à un moment donné, à ses visiteurs extraterrestres d’arrêter les enseignements qu’ils lui donnaient, puisqu’il était dans l’incapacité de donner corps à ces schémas. Cependant, il a poursuivi ses propres recherches et est parvenu à créer différents prototypes d’appareils électriques et électroniques, avec des moyens assez rudimentaires, à l’aide parfois de pièces détachées d’appareils abîmés.

De la trentaine d’appareils qu’il a mis au point, l’inventeur a présenté une dizaine, dont un amplificateur de qualité de réception des images télé, un mégaphone avec une antenne télescopique permettant aux populations du village de capter avec leurs radios, dans un rayon d’un kilomètre, les messages du curé, lors des messes. Il y a également un appareil pour réduire la puissance du courant électrique domestique, afin d’éviter les électrocutions, et un autre appareil qui est un système d’alarme pour les banques. Celui-ci met en interconnexion les banques et les informe simultanément dès qu’une d’entre elles est attaquée, elle situe celle-ci.

L’appareil d’alarme des banques, mis au point en 1987, devait permettre à Tekri Papi de prendre part en 1988 à la rubrique ‘’Jeunes inventeurs’’ de l’émission ‘’Nandjelet’’ de la Radiodiffusion télévision ivoirienne (RTI), animée par AM Taki. Mais le prototype qu’il a déposé à la RTI a disparu, sans que l’on ne sache comment, empêchant ainsi à ce jeune inventeur de l’époque d’être connu et certainement de recevoir un soutien. Selon les explications de Tekri, des pratiques occultes de parents du village sont la cause de cette mésaventure.

Les journalistes de l’émission de RTI Bouaké, ‘’La Gazette du centre’’, sont venus eux aussi rencontrer l’inventeur avec qui ils ont fait une émission. Mais, les roches ont disparu, il n’y a donc pas eu de diffusion de cette émission. « Tout cela m’a découragé », a déclaré Tekri.

« Plus grave, a-t-il poursuivi, un jeune du village d’Akabia, qui disait être le président d’une association d’inventeurs et mon ami, est venu me voir, sous prétexte de me présenter à un juif d’Europe qui pourrait m’aider. J’ai rencontré celui-ci et je suis retourné au village avec des promesses. Mais le jeune d’Akabia a pris mes cahiers de schémas et a disparu pendant deux ans, avec 100 000 FCFA qu’on lui a remis pour moi, avant de revenir vers moi confesser qu’il a tenté, en vain, d’aller en Europe, avec mes cahiers qu’il s’est approprié, mais il a échoué à chaque demande de visas. Il m’a donc ramené mes cahiers sans l’argent », a expliqué, l’inventeur, visiblement dépité.

Le surdoué de Grobiassoumé a subi parfois l’hostilité ouverte de parents du village qui ont trouvé que certaines de ses inventions servaient de moyens d’agression contre leurs croyances. Ainsi, après l’invention du mégaphone à émetteur radio qu’il a mis à la disposition de sa communauté religieuse catholique du village, il a été agressé physiquement par un habitant du village et ses enfants. Ceux-ci lui reprochaient, a-t-il souligné, de permettre à cette église de convertir de nombreux habitants du village au catholicisme au détriment de la pratique animiste. La gendarmerie a été saisie de l’affaire, et Tekri est sorti victorieux de la procédure judiciaire.

Au service de sa communauté, Tekri fait les installations électriques pour les habitants qui construisent leurs maisons. SECUREL, chargée de valider la conformité des installations électriques des maisons aux normes, a trouvé correct le travail de Tekri, alors que celui-ci ne l’a appris ni à l’école ni auprès d’un quelconque employeur ou patron.

En dépit de ses déboires, Tekri Papi tient à poursuivre ses recherches et ses inventions. Il a créé, il y a quelques années, sa plantation de cacao. Et, à l’aide de ses revenus, il finance ses recherches. Cependant, père de huit enfants, il ne peut investir beaucoup dans ses recherches, et attend toujours que de bonnes volontés, ou des autorités locales lui viennent en aide pour qu’il mette ses inventions au service de la communauté villageoise et nationale.

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