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Le colonialisme dans la recherche demeure un handicap pour l’Afrique (Enquête)


  17 Mai      2        Editor's choice (2035), LeaderShip Feminin (9536),

   

Abidjan, 17 mai (AIP/SciDev.net)- Des gestes purement symboliques, une gestion descendante et l’inégalité : ces fléaux demeurent des réalités dans les partenariats de recherche entre l’Afrique et les pays développés.  Même si cela fait des années que l’on parle de partenariats basés sur la collaboration, les chercheurs africains affirment qu’ils demeurent trop souvent  confinés dans des rôles de travailleurs de terrain ou de collecte de l’information alors qu’ils sont des experts de premier plan dans leurs domaines d’expertise.

L’inégalité existe à de nombreux niveaux, avec des tensions généralement similaires à celles qui caractérisent les relations donateur-bénéficiaire dans le monde de la coopération internationale pour le développement.

« Je ne suis pas un travailleur de terrain » assène Richard Mukabana, entomologiste à l’université de Nairobi où il est surnommé « monsieur moustique ».

« Je suis titulaire d’un doctorat et suis en mesure de contribuer à tout forum traitant de la science du paludisme. C’est mon avantage concurrentiel », dit-il.

 Il voyage entre le Kenya et l’Ouganda, rencontre des techniciens de laboratoire, s’entretient avec des professionnels de la santé communautaire, et fait analyser des échantillons aux laboratoires de l’Institut ougandais de recherche sur les virus.

Certains de ses échantillons ont été prélevés des eaux marécageuses et stagnantes des champs de riz de Lukaya, sur les berges du lac Victoria en Ouganda. Les chenaux, d’une dizaine de centimètres de profondeur seulement, sont un lieu de reproduction idéal pour les moustiques. Avec une louche improvisée au bout d’un long bâton, il recueille de l’eau en espérant capturer les insectes.

Et pourtant, il est toujours contraint de recueillir des données et de les envoyer à quelqu’un dans un pays du Nord qui les analyse. Cela revient tout simplement à être un bagagiste selon le documentaire The Fever (La Fièvre) qui dresse un portrait de Richard Mukabana et raconte l’histoire de l’héritage colonial du paludisme en Afrique.

Selon l’Organisation mondiale de la santé, les ressources globales allouées au contrôle et à l’élimination du paludisme totalisaient 3 milliards de dollars en 2019. L’OMS tient en particulier à souligner les contributions à ce travail du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, et de l’Initiative du président américain contre le paludisme.

Basés dans les pays du Nord, qui sont les plus riches et les plus industrialisés du monde, ces institutions fournissent une quantité considérable de fonds destinés aux Objectifs de développement durable (ODD) et aux priorités de la recherche sur le développement international.

Dans une interview avec SciDev.Net, Richard Mukabana confie que « Je suis un Africain. Je vis en Afrique, je travaille en Afrique. Contracter le paludisme c’est une réalité pour les membres de ma famille et moi-même. Mais je n’oublie pas que nous avons beaucoup de problèmes africains quand il s’agit de gérer le business de la science. »

Par exemple, son université rencontre régulièrement des problèmes au niveau des infrastructures de base : il ne peut pas compter avoir accès à de l’eau courante et les coupures de courant sont fréquentes. « Même si on a la technologie ou l’expertise, c’est difficile d’être compétitif avec votre partenaire » précise-t-il.

Par contre, ce qui est sûr, pour lui, c’est que ledit partenaire n’a pas de patient : « Le partenaire avec lequel je collabore ne travaille pas avec des patients qui souffrent du paludisme, ne sait pas ce que la personne moyenne dans un village pense d’une méthode ou d’un contrôle, et n’a pas un habitat de reproduction de moustiques. »

 Richard Mukabana est loin d’être seul. Il y a une liste grandissante de scientifiques africains qui s’attaquent au problème de la malaria sur le continent, qui comporte de nombreux chercheurs de renommée. Parmi eux, les chercheurs de l’Institut de recherches médicales du Kenya (KEMRI) qui travaillent sur le Projet KEMRI-Wellcome Trust INFORM (Information for Malaria – Information sur la Malaria).

Lancée en 2013, cette initiative développe l’emploi de données épidémiologiques pour définir des mesures de contrôle et d’élimination du paludisme en Afrique. Elle est propulsée par une équipe africaine visiblement diverse.

Colonialisme scientifique

En Janvier 2021, l’ONG globale PATH a annoncé qu’elle avait été choisie pour diriger un projet de cinq ans d’une valeur de 30 millions $ pour l’Initiative du président américain contre le paludisme (PMI). Dans la communauté KEMRI-Wellcome INFORM, on a été sous le choc. La colère et les accusations de colonialisme scientifique étaient aussi au rendez-vous.

Le projet en question est dénommé PMI INFORM (Insights for Malaria : Perspectives sur la malaria). Ses critiques ont vite souligné les ressemblances avec KEMRI-WELLCOME INFORM – à commencer par le nom.

Selon l’annonce faite par PATH, PMI INFORM doit « générer des données et des preuves pour informer les programmes nationaux sur le paludisme et la communauté mondiale du paludisme sur les meilleures pratiques, tout en renforçant les capacités de recherche dans les pays soutenus par la PMI. »

Partenaire privilégié pour PMI INFORM, PATH a aussi révélé les noms de sept partenaires de pays du Nord qui forment son consortium : Abt Associates ; la Broad Institute de MIT et Harvard et l’Ecole de santé publique T.H Chan de Harvard ; le Centre MRC pour l’analyse des maladies infectieuses globales à Imperial College Londres ; l’Ecole Londonienne de l’hygiène et de la médecine tropicale ; le projet Malaria atlas de l’Institut pour les enfants du téléthon à l’Université Curtin; le Centre pour la recherche appliquée sur le paludisme et l’évaluation à l’Université Tulane ; enfin l’Initiative pour l’élimination du paludisme à l’Université de Californie, San Francisco.

« C’est assez déprimant quand sept partenaires américains, britanniques et australiens reçoivent 30 millions $ pour ‘fournir une aide’ aux programmes nationaux africains de contrôle du paludisme » déclare Bob Snow, conseiller scientifique senior du projet INFORM à KEMRI-Wellcome. « Ceux qui seront les premiers concernés à l’avenir par ce comportement des bailleurs de fonds internationaux doivent faire entendre leur colère. »

Dans un communiqué, PATH n’a pas fourni d’explication concernant la coïncidence au niveau du nom du projet, mais a indiqué que ses activités PMI INFORM seraient complémentaires du projet KEMRI-Wellcome INFORM. Pour ce qui est de la composition du consortium, l’organisation a fait valoir que le but était de faciliter l’accès à l’expertise technique et de compléter les capacités locales.

Lors d’un entretien avec SciDev.Net, PATH a déclaré que « Le travail avec les responsables de programmes sur le paludisme et les chercheurs d’institutions basées dans des pays où le paludisme est endémique est au cœur de l’approche envisagée par le projet pour formuler les priorités, concevoir, mettre en œuvre et disséminer la recherche opérationnelle et l’évaluation concernant le paludisme. »

Ignorés

 S’il est choquant de voir que PATH a ignoré des institutions africaines qui auraient pu être ses partenaires, selon Ngozi Erondu, chercheur senior au Centre Chatham House pour la sécurité sanitaire globale, au Royaume Uni, cela arrive tout le temps.

« La question majeure ici c’est la décolonisation de la santé globale» dit-elle. Elle reconnait les contributions que les institutions des pays du Nord ont faites pour établir les bases des connaissances scientifiques, et estime qu’il ne s’agit pas de dire que c’est tout ou rien, mais plutôt de chercher à travailler ensemble, ajoutant que « La collaboration cela ne veut pas dire qu’on obtient tout l’argent et qu’on emploie le [partenaire dans un] pays du Sud. Ça c’est du colonialisme scientifique. »

Fredros Okumu, directeur scientifique à l’Institut pour la santé Ifakara en Tanzanie a confié à SciDev.Net que « Les chercheurs qui travaillent dans ce champ ont tout à fait raison de s’inquiéter face à ces développements. »

 Fredros Okumu et Ngozi Erondu ont fait part de leurs critiques de PATH sur twitter, aux côtés de chercheurs et d’intervenants qui partagent leurs opinions. Des centaines de likes, de retweets et de commentaires ont suivi, et les comptes de PATH ont été interpellés.

Ce tollé sur les médias sociaux n’indique pas seulement que la crise de la collaboration en matière de recherche sur le développement international n’est pas un secret. Il démontre également que les chercheurs sont maintenant en mesure de se montrer fermes et de faire entendre leur voix.

D’après Fredros Okumu, « Il y a dix ans, cela ne serait jamais arrivé, on se serait inquiétés pour nos carrières … Le monde est maintenant prêt à entendre ces conversations. »

Rapports de force

Selon Salome Maswime, directrice de la chirurgie globale à l’Université du Cap (UCT), quand on est un chercheur dans un pays du Sud, ce n’est pas inhabituel de faire ses débuts dans un partenariat de recherche suite à un appel spontané.

Elle confie que « J’ai été impliquée dans plusieurs études où j’ai été contactée par un groupe international qui m’a demandé de faire partie de son étude, généralement quand un dossier de financement exige qu’il y ait un partenaire dans un pays à revenu faible ou intermédiaire », ajoutant que « on entre dans ce partenariat sans bien savoir ce qu’on va faire et cela ne vous passionne pas vraiment. Mais vous voulez être associé à une bonne institution d’un pays à revenu élevé. »

Quand on est un jeune chercheur, poursuit Salome Maswime, on joue le jeu parce qu’on veut publier des articles et obtenir des financements : « Dès que vous recevez ce mail d’une institution prestigieuse, cela vous fait du bien quelque part. Il y a quelqu’un qui vous a choisi et qui veut travailler avec vous » indique-t-elle.

Certes, toutes les collaborations ne suivent pas ce modèle, mais Salome Maswime confie qu’elle a vu plusieurs jeunes chercheurs pris au piège de ce cycle : « Je dis ceci parce que je ne suis pas au début de ma carrière scientifique. Je peux regarder en arrière et dire qu’il y a une tendance qui se confirme. »

Le recrutement à valeur symbolique est monnaie courante. Ce phénomène fait partie intégrante des rapports de force des collaborations de recherche financées depuis les pays du Nord, où les priorités des recherches sont fixées par eux plutôt que par les communautés qui réalisent les études et qui sont étudiées.

Les problèmes de cette approche descendante sont une des caractéristiques de ces partenariats. Une recherche documentaire employant comme mot-clef « collaboration Nord-Sud » révèle un ensemble d’obstacles, d’expériences, et de propositions de voies à suivre pour établir des partenariats plus équitables dans tous les domaines de la recherche sur le développement.

Parmi elles, la Commission sur la recherche sur la santé pour le développement en 1990, qui révèle un « écart considérable » entre les priorités dans la recherche nord-sud qui peut rendre la collaboration contre-productive.

Décrivant ce qu’on désigne maintenant comme l’écart 10/90, elle a révélé que 90 pourcent de l’investissement global en recherche sur la santé ne concerne que 10 pourcent des problèmes sanitaires mondiaux.

Plus récemment, un article de 2020 sur des projets germano-namibiens de recherche sur le climat a fait état d’un « double rôle » invisible joué par les chercheurs locaux qui sont responsables du travail de terrain, contribuent à l’analyse et permettent de gérer les questions culturelles.

Conclusion des auteurs : « Les chercheurs des pays du Sud portent un fardeau caché dans les collaborations internationales dont il faut adéquatement tenir compte. »

D’autres travaux font état d’emplois où le personnel local est exploité. Ils peuvent par exemple se trouver sans avantages tels que l’assurance maladie ou des perspectives d’emploi à long terme. Certaines recherches évoquent les luttes de pouvoir entre chercheurs de pays du Nord et du Sud, lorsque l’on demande à ceux qui tiennent les cordons de la bourse de jouer un rôle de soutien vis-à-vis du pays hôte.

Pour Salome Maswime, « Il y a des tas de publications sur ces partenariats, et pourtant, quelle distance nous sépare des ODD ? Certains reçoivent des prix Nobel pour des travaux faits en Afrique, mais les choses n’ont pas évolué. »

Un faux universalisme

Ce ne sera pas facile de faire changer les choses selon Mia Perry, co-directrice de SFA (Sustainable Futures in Africa : Avenirs pérennes en Afrique). Ce réseau basé au Royaume-Uni, lancé en 2016 avec le Fonds de recherche pour les défis mondiaux, travaille avec des pôles au Botswana, au Malawi, au Nigeria, en Ouganda et au Royaume-Uni pour repenser les priorités du monde de la recherche sur une base éthique.

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