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Côte d’Ivoire-AIP/ L’objectif zéro cas de paludisme est à la portée de la Côte d’Ivoire (spécialiste)


  25 Avril      25        LeaderShip Feminin (11285),

   

Divo, 24 avr 2021 (AIP) – L’Organisation mondiale de la santé (OMS) recense 229 millions de cas de paludisme chaque année dans le monde. Depuis 2015, elle a lancé l’objectif Zéro cas de paludisme dans le monde en 2030. En Côte d’Ivoire, pays endémique, une stratégie est mise en place pour atteindre cet objectif. En prélude à la célébration officielle à Divo, de la journée mondiale de lutte contre le paludisme, dimanche 25 avril 2021, la Sous-directrice du Programme national de lutte contre le paludisme, chargée de la communication, Dr Bomin Bleu Thérèse, explique ici cette stratégie et aide à mieux connaître cette pandémie, qui représente la maladie infectieuse la plus mortelle sous les tropiques.

AIP : Par rapport au processus mondial d’éradication du paludisme, l’objectif fixé par l’OMS est zéro cas de paludisme en 2030. Où se situe la Côte d’Ivoire dans ce processus ? Est-il possible au pays d’atteindre cet objectif ?

L’espoir est permis. Quand on regarde les statistiques, nous venons de loin. En 2016, le nombre de cas de décès était autour de 3000, et nous sommes aujourd’hui à moitié cas de décès. Quand on voit le taux d’utilisation des moustiquaires, qui était autour de 50% et qu’aujourd’hui on est à 63% de la population qui utilise les moustiquaires, dont 80% dans les villages, cela montre qu’on progresse.

Nous sommes actuellement à la phase du contrôle de la maladie. Si nous tendons vers la pré-élimination déjà, même si ce n’est pas de manière générale, mais dans certains districts, on aura atteint nos objectifs, vu que tous les pays n’étaient pas au même niveau d’endémicité lorsque l’OMS déclarait en 2015 que d’ici 2030 il faut qu’on soit à l’élimination.

Chacun avait son niveau et en fonction des niveaux on progresse. Déjà, si étant à l’époque pays très endémique, l’on arrive à s’approcher des pays endémiques, des pays méso-endémiques (qui commencent à contrôler) et aujourd’hui on parvient à contrôler et à approcher les pays en pré-élimination, le progrès est plus grand par rapport à un pays qui était à pré-élimination et qui y demeure. Les progrès de chaque pays vont s’apprécier de cette façon.

Zéro paludisme est l’objectif à atteindre, mais l’effort s’apprécie par rapport au progrès réaliser. La Côte d’Ivoire a fait d’énormes efforts, et on se dit que si nous contrôlons déjà et allons vers la pré-élimination, donc dans la décennie qui arrive, avec le même effort, nous serons à zéro cas. Nous sommes donc optimistes, car de très endémique, nous commençons à contrôler, et on se dit d’ici 2030 on sera à la pré-élimination.

AIP : Comment pourrait-on résumer la politique, la stratégie de la Côte d’Ivoire pour pouvoir atteindre cet objectif de zéro cas de paludisme.

En résumé, la stratégie de la Côte d’Ivoire se décline en une prise en charge de tous les cas, la prévention avec l’utilisation des moustiquaires, la démoustication, la pulvérisation, pour la lutte antivectorielle, et la communication pour amener les populations à un changement de comportement face au paludisme. Tout cela va faire l’objet de surveillance des comportements des Hommes, du moustique, du parasite. Il y a le suivi-évaluation, pour avoir des données de bonnes qualités.

Ainsi, pour pouvoir atteindre son objectif, la Côte d’Ivoire élabore chaque cinq ans un plan stratégique national de lutte contre le paludisme. Le plan que nous avons élaboré pour 2021 à 2025 est un plan de lutte contre le paludisme stratifié. Il est stratifié parce que, selon l’endémicité dans chaque localité, nous allons faire des interventions spécifiques, plus des interventions de routine. Les interventions de routine, c’est la prise en charge de tous les cas de paludisme, c’est l’utilisation des moustiquaires dans tous les districts, c’est aussi la sensibilisation et la communication pour amener la population à changer de comportement dans tous les districts sanitaires.

De manière spécifique, dans les zones les plus endémiques, nous allons faire des activités de démoustication, de pulvérisation intra-domiciliaire, comme cela est fait à Nassian et Sakassou. En plus de cela, nous allons aussi faire le traitement saisonnier pour les districts qui ont le profil et qui sont très endémiques. Nous ne l’avons pas encore commencé, mais cela va démarrer, pour toujours réduire l’impact dans les régions où l’endémicité est très élevée. Là où l’endémicité devient très faible, nous allons aussi y faire des activités spécifiques, aller faire des traitements saisonniers, dans les périodes où le paludisme est élevé, afin de pouvoir atteindre dans ces zones la pré-élimination.

Nous avons aussi la moustiquaire avec les insecticides adaptés à chaque région, pour être plus efficace dans la lutte contre le moustique. Il n’y aura plus de moustiquaires standards. Cela commence cette année et va continuer dans la routine.

AIP : Quelle est la place de la médecine traditionnelle dans cette stratégie. Est-elle prise en compte ?

Une coopération avec les praticiens de la médecine traditionnelle existe déjà, dans le cadre d’un programme. Et ce programme est pris en compte dans l’évolution du traitement du paludisme, avec les découvertes faites par ces praticiens.

AIP : Docteur permettez-nous d’avoir une meilleure connaissance du paludisme. Comment est-elle définie ? En somme, qu’est-ce que c’est ?

Le paludisme est une maladie parasitaire, c’est-à-dire c’est une maladie due à la présence dans le sang de l’Homme d’un parasite. Et, ce parasite est appelé plasmodium.

AIP : comment contracte-t-on le paludisme ?

Cette maladie se transmet d’un Homme malade du paludisme à un Homme en bonne santé, par l’intermédiaire d’un moustique. Le moustique pique la personne malade du paludisme, prélève dans le sang le parasite qui est le plasmodium, et au cours du repas chez un Homme en bonne santé qu’il pique, le moustique va injecter dans le sang de celui-ci le plasmodium. Cette personne en bonne santé, au bout d’une semaine à 10 jours, va présenter les signes du paludisme.

AIP : Justement Docteur, quels sont les signes par lesquels l’on reconnaît le paludisme ?

La personne infectée va avoir de la fièvre, avoir des frissons, avoir des maux de tête, des courbatures, elle va souvent vomir. Là, c’est la forme simple de la maladie. Et si ce paludisme simple n’est pas traité, il se développe vers la forme grave de la maladie, surtout chez les enfants de moins de cinq ans, chez les femmes enceintes, chez les personnes vivant avec le VIH, et chez les personnes qui sont quittées dans des pays où le paludisme ne sévit pas, par exemple les européens. La forme grave est souvent accompagnée de fièvre très élevée, de convulsions que nous appelons dans nos ethnies la maladie d’oiseau, il y a le coma, l’anémie sévère, etc.

AIP : C’est là que la maladie devient très mortelle ?

Effectivement, si le paludisme grave n’est pas pris en charge dans les hôpitaux ou dans un centre de réanimation le plus rapidement possible, dans les 48 heures qui suivent, la personne va décéder des complications de cette maladie. C’est pourquoi nous disons que le paludisme est mortel surtout chez les personnes vulnérables.

AIP : Il y aurait plusieurs dénominations de la même maladie ou est-ce différentes maladies quand on parle de malaria, d’ictère, de jaunisse, ou est-ce des étapes du paludisme ?

Le paludisme est appelé en français paludisme, en anglais malaria. L’ictère, la jaunisse, c’est un signe d’atteinte du foie. Lorsque le foie est atteint, il y a des signes. La personne devient jaune, ou le blanc de l’œil devient jaune, c’est l’ictère. Ce signe là n’est pas observé dans le paludisme. Dans le paludisme on n’a pas d’ictère, on n’a pas de jaunisse.

AIP : Quelles sont alors les autres signes caractéristiques chez une personnes atteinte du paludisme, en plus de ceux que vous avez notés plus haut ?

Dans le paludisme, on a une anémie, c’est-à-dire un manque de sang. Et ce manque de sang se traduit physiquement chez l’Homme par des pâleurs. L’œil devient blanc, la paume, la plante des pieds deviennent blanches. Le malade ne devient donc pas jaune. En résumé, quand une personne a le paludisme dans sa forme simple, la personne frisonne, elle a la chaleur, elle suie, elle vomit. Si cette forme simple n’est pas traitée et qu’on arrive au paludisme grave, la personne peut tomber dans le coma, elle peut convulser, elle manifeste les signes de l’anémie. Chez la femme enceinte anémiée, elle peut faire un accouchement prématuré, un avortement, une hémorragie pendant l’accouchement, elle peut avoir les complications du paludisme et même en mourir.

AIP : Qu’en est-t-il des tests auxquels l’on soumet, dans les hôpitaux, les personnes soupçonnées de faire le paludisme ?

On a deux types de tests dans les formations sanitaires. Là où on n’a pas de laboratoire, notamment dans les formations sanitaires de premier contact, on a les tests de diagnostic rapide qu’on fait aux doigts pour voir tout de suite si vous avez le paludisme. Aujourd’hui, l’OMS préconise que tout cas de paludisme soit testé. Une fois testé et que le test est positif, on traite le paludisme. Si dans les centres de santé de premier contact l’on reçoit un patient qui a les signes du paludisme grave, on va lui faire le test de diagnostic rapide, et évacuer ce malade dans un hôpital de référence, où d’autres examens seront faits.

AIP : Mais le test rapide n’est-il pas suffisant pour la prise en charge immédiate du patient diagnostiqué positif ?

Au niveau de l’hôpital de référence, nous avons les gouttes épaisses. C’est la microscopie. L’on prélève donc, au niveau de l’hôpital général, le sang du patient pour regarder au microscope et voir si on a le plasmodium. Là, on va identifier le type de plasmodium, sa densité dans le sang. Ces appareils permettent de voir également avec exactitude si la personne est anémiée, et à combien de gramme. Le traitement de ce paludisme grave se fait par perfusion.

AIP : Concernant le traitement, à quels médicaments se fier, puisqu’il y a une floppée de médicaments contre le paludisme, et l’on ne sait pas si ce sont de nouvelles molécules découvertes à chaque fois, ou si ce sont les résistances aux médicaments existants qui poussent à créer de nouveaux ?

En fait, il n’y a pas beaucoup de médicaments pour traiter le paludisme. Le premier médicament qu’on donnait dans le passé était la nivaquine, qu’on appelait la chloroquine. Elle était devenue inefficace, car le parasite avait développé des résistances à ce médicament. Donc l’OMS l’a fait retirer du marché. Et l’OMS a conduit des études qui ont permis aujourd’hui d’avoir des combinaisons thérapeutiques. C’est-à-dire, l’on met ensemble deux molécules au lieu d’une seule, de sorte que le parasite a du mal à les identifier pour développer des résistances.

Donc, aujourd’hui le paludisme est traité avec l’association de deux molécules. C’est le fait que chaque laboratoire donne un nom spécifique à cette combinaison qu’on a l’impression qu’on a beaucoup de médicaments. Sinon ce sont les mêmes types de médicaments avec les mêmes combinaisons, un peu à l’image des vendeuses d’aubergines au marché, où chacune dirait l’origine de ses aubergines, par exemple aubergines de Daloa, aubergines de Man etc. Dans tous les cas, il s’agit d’aubergines. C’est pareil pour ces médicaments, car les deux molécules combinées par les laboratoires sont les mêmes. Ce sont donc les mêmes médicaments portant des noms différents.

AIP : Dans la lutte contre le paludisme, il a été également question d’un vaccin. Où en est-on ?

Avant de revenir à la question du vaccin, permettez-moi de rappeler que le traitement du paludisme simple, pour toutes les personnes en Côte d’Ivoire, est gratuit dans nos centres de santé. Le test et le médicament du paludisme, ces deux-là sont gratuits. Il ne s’agit pas des frais de consultation, ni du paracétamol qui va faire baisser la fièvre. Il s’agit des tests de diagnostic du paludisme et du traitement du paludisme, c’est-à-dire le médicament qui tue le parasite, ces deux-là sont gratuits dans les formations sanitaires publiques.

AIP : Revenons au vaccin. L’on n’en parle plus beaucoup.

On a un vaccin. Mais, plusieurs étapes sont nécessaires avant de mettre le vaccin sur le marché. Actuellement le vaccin qui sera mis sur le marché est à la phase d’essai clinique. C’est-à-dire qu’on est en train de vacciner les enfants dans certains pays, pour voir quelle est l’efficacité de la protection lorsqu’on vaccine les enfants avec ce vaccin. Une fois que cette phase d’essai clinique va permettre d’établir la protection autour de 80%, alors ce vaccin pourra être mis sur le marché, après une validation par l’OMS.

AIP : Pendant que le processus de validation du vaccin suit son cours, est-ce que pour la prévention, seule l’usage de la moustiquaire imprégnée permet de se protéger contre le paludisme ?

On a plusieurs moyens de prévention. D’abord chez les femmes enceintes, au cours de la grossesse, à partir du quatrième mois, elle va prendre la première dose d’un médicament, pour prévenir le paludisme chez elle et chez son bébé. Elle doit prendre au moins trois doses jusqu’à l’accouchement. C’est ce qu’on appelle la chimio-prévention, c’est-à-dire la prévention par les médicaments.

AIP : C’est gratuit ?

C’est gratuit. Elle reçoit une dose par mois à partir du 4ème mois, quand elle va en consultation et cela, chaque mois jusqu’à la fin de sa grossesse. Mais, elle doit prendre au moins trois doses jusqu’à l’accouchement. Elle reçoit en plus une moustiquaire gratuite, sous laquelle elle doit dormir chaque soir.

Chez les autres tranches, notamment les enfants et la population en général, la prévention c’est de dormir chaque nuit sous la moustiquaire, c’est d’assainir son cadre de vie. Mais, il y a d’autres moyens de prévention que les techniciens doivent faire, tels que la pulvérisation intra-domiciliaire, c’est-à-dire asperger les murs intérieurs des habitats d’un insecticide rémanent. Ce qui veut dire que son effet dure dans le temps, généralement entre six et huit mois dans la maison.

AIP : Est-ce une démarche systématique partout en Côte d’Ivoire ?

Cette stratégie avec les techniciens est mise en œuvre dans deux districts sanitaires de la Côte d’Ivoire, à savoir Nassian et Sakassou. Ces deux districts ont été choisis pour leur forte endémicité de paludisme. Nous ne faisons cette stratégie que dans ces deux endroits, pour compléter les autres stratégies de luttes que nous mettons en œuvre, en raison du coût élever de cette stratégie de pulvérisation intra-domiciliaire d’insecticide.

Pour les autres régions à très forte endémicité, nous faisons chaque année la démoustication. C’est la combinaison de la destruction des gîtes larvaires, de manière physique, par la communauté, sensibilisée à cette fin, et de manière chimique par les spécialistes. Ainsi les lieux de reproduction des moustiques (flaques d’eau, basfonds, rizières, broussailles, caniveaux) sont identifiés dans l’environnement des ménages, détruits, et pulvérisés à l’insecticide. Le soir l’on fait passer la fumée d’insecticide dans les ruelles, et les ménages sont invités à ouvrir les portes et fenêtres pour que le produit tue les moustiques adultes.

AIP : quelles sont les données qui permettent d’apprécier la gravité du paludisme au plan mondial et au plan national ?

De manière générale, ces derniers temps, l’on enregistre annuellement, au niveau mondial, autour de 400 000 cas de décès dus au paludisme. En Côte d’ivoire, le nombre de décès est autour de 1816 cas de décès par an. C’est-à-dire, lorsqu’on prend la population générale, quatre personnes meurent du paludisme en Côte d’Ivoire chaque jour, dont trois enfants de moins de cinq ans. En 2017, l’on était à 3222 cas de décès, aujourd’hui nous sommes à la moitié de ce chiffre, en trois ans.

AIP : Qu’en est-il des données du département de Divo ?

Divo fait partie des districts très endémiques du paludisme en Côte d’Ivoire. Si on doit classer Divo, il vient après les districts de Nassian et Sakassou, où l’on enregistre autour de 800 cas de paludisme pour 1000 habitants. Divo enregistre 724 cas de paludisme pour 1000 habitants, alors que la moyenne nationale est de 422 cas pour 1000 habitants. C’est pourquoi nous allons faire la démoustication à Divo, et c’est pourquoi la ville a été choisie cette année pour abriter la cérémonie officielle de la Journée mondiale de lutte contre le paludisme.

Interview réalisée par Jean-Marie KOFFi, Chef du Bureau régional du Lôh-Djiboua

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