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King Kester Emeneya ou la face caché d’un intellectuel aguerri


  12 Février      12        Arts & Cultures (1489),

   

– Par Arthur Kayumba –
Le titre « Nzizi » de l’artiste chanteur compositeur Jean-Baptiste Emeneya Mubiala autrement appelé King Kester Emeneya résume le caractère intellectuel de l’auteur dont le parcours reste pressenti comme un modèle dans une société vouée à une dérive à une époque où les gens marchent en contrecourant face aux mœurs africaines en général, et en particulier dans les deux Congo séparés par le fleuve.
Cet ancien « professeur visiteur » et premier musicien congolais à enseigner à l’Université de Limerick en Irlande du nord vers les années 2000, s’était toujours interrogé pendant son existence sur la marche de la société notamment quand il déclare : qu’« Il est toujours facile de convoiter la femme d’autrui. Pourquoi ne prends-tu pas le temps d’embellir ta femme ? ».
Et comme conseil, il avait toujours estimé que les hommes qui gagnent bien leur vie ne doivent pas dépenser leur argent auprès des femmes qui détestent le mariage.
Nzizi rappelle à tous les hommes le devoir qui leur incombe de prendre soin de leurs femmes et de les aimer, bien que cet album ait été confronté à plusieurs difficultés qui n’ont pas permis à son auteur de tirer le profit en raison d’une forte piraterie.
Nzizi n’est que l’un des morceaux parmi tant d’autres qui a défini la réflexion de Jean Baptiste Emeneya.
L’album Nzinzi enregistré en 1987 a connu un immense succès commercial et il a été vendu à des millions d’exemplaires. Après des années de succès avec des chansons populaires, en 1993, il sort son album Everybody distribué par Sonodisc avec une qualité exceptionnelle. Everybody a été un grand succès à l’échelle internationale.
« A Viva la Musica, il faisait la pluie et le beau temps. Il a marqué le groupe de son professionnalisme, il a façonné le répertoire du groupe. On a vécu ensemble, on a fait presque les 100 coups ensemble, même si c’était un petit frère », expliquait Papa Wemba quelques heures après l’annonce de la mort du « King » le 13 février 2014 à Paris.
Kester était l’homme des risques, visionnaire et avant-gardiste, c’est lui qui a popularisé les synthétiseurs dans la musique congolaise rompant avec la variété des années 1980.
Il a éclaboussé de son talent la musique congolaise moderne. Auteur-compositeur-interprète, celui que Koffi Olomidé qualifiait de « professeur des nuances et des notes », avait également marqué de son empreinte le groupe Viva La Musica de Papa Wemba.
Un passé fulgurante
À dix-sept ans, Jean Emeneya intègre le groupe les Anges noirs avec Lidjo Kwempa, alors qu’il est élève à l’institut Don Bosco de Kikwit. Après avoir obtenu son bac à l’institut Longo à Idiofa, il est parti étudier les sciences politiques et administratives à l’Université de Lubumbashi (UNILU), à Kasapa, dans l’actuelle province du Haut Katanga.
Par le biais de Shagi Sharufa il devient membre du groupe Viva La Musica de Papa Wemba jusqu’à la fin de l’année 1982 avant de créer son propre groupe le Victoria Eleison le 24 décembre 1982, avec les autres transfuges de Viva la Musica, dont le leadership lui avait été contesté par Bipoli na Fulu.
Victoria Eleison lui a permis de devenir l’artiste africain le plus populaire des années 1980-1990.
Emeneya était un mystère, un oiseau rare que la musique congolaise n’aie jamais connu. Son introduction du synthétiseur dans la musique congolaise suivi de la programmation musicale assistée par ordinateur, avait rompu avec le style folklorique jusque-là incarné par l’orchestre Zaiko Langa Langa.
Cette approche musicale jusque-là jamais exploitée au Zaïre (actuelle République démocratique du Congo) va soulever une vague d’incompréhension au sein du public kinois encore habitué avec le « sébène », rythme saccadé, devenu « ndombolo » plutard.
Emeneya va être également incompris par ses pairs. Tabu Ley et Abeti vont lui reprocher le fait d’abonner son style habituel communément appelé « mbokamboka ». Brazzaville, par contre, avait bien accueilli ce morceau.
Ce genre adopté par Kester figurait déjà dans les répertoires des artistes comme Sammy Massamba, Tanawa, Samba Ngo des Mbamina. Le vent du hip hop soufflait déjà au début des années 80, les DJs faisaient leur apparition et la chanson « justkeep on walking » de Rod Niangandoumou occupait la première place aux USA. C’est bien après que « Nzinzi » connaîtra l’adhésion plus large des kinois qui en ont fait un tube anthologique. La musique congolaise change de visage, l’électronique est sur tous les fronts. L’occasion est venue pour Emeneya de poursuivre la carrière à l’international.
Né le 23 novembre 1956 à Kikwit, Jean Baptiste Emeneya Mubiala alias King Kester Eménéya a eu un parcours riche et élogieux. On retiendra ses débuts dans la chorale de son école primaire Saint Paul à la paroisse Sainte Marie de Kikwit. En 1970, Il a chanté aux côtés de Mopero et Gina Efongé, son idole, avant d’effectuer un passage dans Viva la Musica entre 1978 et 1982.
De nombreux prix pour la pérennisation de sa mémoire
Pendant sa carrière, Emeneya Mubiala reçoit de nombreux prix sur le plan international et national, dont successivement celui de meilleure vedette de l’année au Congo de 1982 à 1989. Parmi lesquelles le trophée King Kester et le festival King Kester. Werrason et JB Mpiana se sont servis de ses chansons et de son rythme musical pour créer le groupe Wenge Muzica.
Avec plus de 1000 chansons dans sa carrière, Kester Emeneya a été reçu plusieurs fois par le président Mobutu Sese Seko, à trois reprises par le président Laurent Désiré Kabila et deux fois par le président Joseph Kabila.
L’honneur lui avait été accordé par le président Mobutu d’agrémenter la soirée de la visite du président français François Mitterrand au palais des congrès de Kinshasa en 1984.
Surnommé aussi Roi de la sape avec ses vêtements sur mesure Gianni Versace, Masatomo et Levi’s Strauss & Co, Emeneya a rendu ces derniers populaires dans le milieu africain. Artiste de renommée internationale, il s’est produit sur plusieurs continents.

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