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‘’Après tous les efforts fournis dans la prise en charge de la malnutrition au Niger, il faut garder l’énergie pour aller plus loin dans la prévention’’, selon la Présidente de MSF


  28 Mars      54        Santé (15600),

 

Niamey, 28 Mars (ANP) – En visite au Niger pour assister à des réunions associatives avec les équipes de Médecins Sans Frontières (MSF) du Niger, Isabelle Defourny, médecin et Présidente de MSF en a profité pour rencontrer le ministre de la Santé et les différentes ONG qui interviennent au Niger.

En marge de ces activités, la Présidente MSF était revenue sur la question de la malnutrition, qui reste, selon elle ‘’très présente au Niger malgré d’immenses progrès et efforts enregistrés ces quinze dernières années’’.

Ces dernières années, ce sont toujours environ quatre cent mille enfants atteints de malnutrition aigüe qui sont pris en charge par les différentes structures du ministère de la santé. Au fond, ce chiffre montre l’ampleur de la prise en charge avec une réduction de la mortalité de ces enfants, mais indique aussi simplement à quel point la question de la malnutrition reste encore présente et aigue au Niger.

A Médecins Sans Frontières, on travaille sur différents aspects, avec le ministère de la Santé, dans les hôpitaux et dans les centres de santé, de la prise en charge de ces enfants atteints de malnutrition aigüe, donc les formes les plus sévères de la dénutrition. Certains sont pris en charge en ambulatoire et d’autres sont hospitalisés. Des équipes de MSF travaillent également au niveau communautaire avec des agents de santé communautaire pour dépister la malnutrition rapidement. Il y a aussi des actions pour que la malnutrition puisse être dépistée au sein des familles par les mamans et les papas, en leur montrant comment on doit faire. Depuis 2022, MSF a commencé à prendre en charge tous les enfants atteints de malnutrition aigüe, à des stades un plus précoce, à Madarounfa, en partenariat avec le ministère et le programme alimentaire mondial (PAM). Ce n’était pas suffisant de prendre en charge les enfants dénutris à partir de la forme de malnutrition aigüe sévère uniquement. . Ce sont les actions de MSF aujourd’hui sur la malnutrition, mais il ne faut pas oublier que la malnutrition est un facteur de risque de mortalité chez les enfants qui aggrave les pathologies bénignes, donc nous travaillons aussi sur la prise en charge des diarrhées et particulièrement du paludisme. L’année dernière nous nous sommes associés aux équipes du ministère pour renforcer la chimio prophylaxie saisonnière du paludisme par exemple.

Au Niger, le fait que chaque année il y a environ 400 000 enfants atteints de malnutrition qui sont pris en charge, c’est déjà un bilan positif sur les capacités et l’accessibilité du système de santé. On a vu les dix dernières années la mortalité des enfants de moins de cinq ans réduire au Niger, il y a une action positive en place. Ceci dit, il faut bien imaginer qu’avoir pendant quelques mois par an des pics énormes, des afflux d’enfants malnutris dans les centres de santé, ça veut dire que chaque année se reproduit une forme de situation d’urgence. Et le travail essentiel qui reste à faire, c’est tout ce qui consiste à prévenir cette maladie et l’ampleur de ces pics.

A Madarounfa en 2021, nous avons vu une hausse importante du nombre d’enfants atteints de malnutrition aigüe admis dans le programme nutritionnel. A la frontière Niger-Nigéria il y a toujours eu des enfants nigérians qui venaient dans les centres de santé du Niger, mais en 2021 cette tendance avait fortement augmenté suite à la détérioration de la situation sécuritaire au nord-ouest du Nigéria. Nous nous demandions s’il y avait aussi de façon simultanée une augmentation des enfants nigériens malnutris et finalement, l’analyse de la situation de 2021 a montré une relative stabilité de ce côté-là. Un problème à Maradi en 2021 était le fait que les bailleurs de fonds avaient arrêté leur financement et donc plusieurs organisations avaient stoppé leurs activités de soutien au système de santé. La mobilisation a permis de prolonger les financements des différents bailleurs de fonds sur la malnutrition dans cette région, et en parallèle MSF a mis en place des centres de prise en charge nutritionnelle au nord-ouest du Nigéria, à Katsina.

Les perspectives pour 2023, c’est de continuer à travailler avec le ministère de la Santé, le Programme Alimentaire Mondial et l’UNICEF pour assurer la prise en charge de tous les enfants malnutris. Nous continuons à travailler au nord-ouest du Nigéria pour assurer la prise en charge de chaque côté de la frontière. L’année prochaine, le Niger devrait recevoir un vaccin contre le paludisme, nous en discutons avec les autorités pour comprendre si MSF peut être utile et aider à ce que cette vaccination puisse se mettre en place.

Réussir à réduire cette malnutrition reste l’objectif clé, pour empêcher que chaque année des centaines de milliers d’enfants tombent dans la malnutrition aigüe. Pour cela, il faut s’y prendre par différents angles, au moins trois en se basant sur ce que certains pays ont fait et les connaissances actuelles. Il faut d’abord assurer la prise en charge médicale du petit enfant malade, un travail qui est en cours au Niger. Ensuite, il faudrait que les enfants aient un soutien pendant leur croissance, c’est-à-dire il faut qu’ils reçoivent des soutiens nutritionnels comme les farines enrichies et des aliments prêts à l’emploi. Ce sont des projets que MSF a déjà fait dans le passé, qui se sont arrêtés aujourd’hui, auxquels nous réfléchissions pour éventuellement les relancer. Enfin, il faut aussi donner une forme de soutien social, de revenu aux familles les plus vulnérables pour réellement à pouvoir assurer la prévention de la malnutrition. Une partie conséquente du financement du système de santé repose aujourd’hui sur le besoin de prendre en charge des centaines de milliers d’enfants atteints de malnutrition aigüe. Mais l’enjeu aujourd’hui est de se pencher sur l’amont, pour permettre aux enfants de grandir en bonne santé et pas seulement les prendre en charge lorsqu’ils atteignent les stades aigus de la malnutrition. Il s’agit de questions qui dépassent Médecins Sans Frontières. Notre rôle est de participer à réfléchir et à mettre en place certains projets, mais il est vrai que ce sont avant tout des choix politiques et des choix de financement.

Il faut surtout garder l’énergie pour aller plus loin dans la lutte contre la malnutrition et ne pas se contenter de la prise en charge qui a beaucoup évolué et progressé depuis 2005. Certains bailleurs ont montré leur fatigue, le pays a d’autres préoccupations, mais malgré tout il ne faut vraiment pas laisser tomber cette question. L’avenir des enfants est quelque chose de fondamental.

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